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Tome premier.
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2Z6 HISTOIRE DE P O L Y B E,

Dès qu’on s’est résolu de défendre une rivière, il faut l’avoir reconnue : on enretranche après cela les bords, on rompe les gués, & ensuite on s’y porte avec toutce que l’on a de forces pour en disputer le passage ; car il y a toujours de la honte,& l’on risque ía réputation lorsqu’on est obligé de se retirer. En effet M. de Saillin’avoit pas asièz de monde pour tenir bon fur une rivière presque sens eau. Ces sor-tes de fautes font d’autant plus grandes, qu’elles tirent à des conséquences fâcheuses.Quelque petite que soit une manœuvre rétrogradé, il est certain que rien ne fait plusd’impreíïïon dans l’esprit du soldat, & ne lui abbat davantage le cœur & la volon-té , outre qu’il perd la confiance qu’il peut avoir en son Général, dont il connoittrès-bien les sottises, même les moins à portée des efprits-corps, & celle-ci étoit desplus grossières.

II faut opter dans les affaires importantes de la guerre, un simple effort ne suffit pas,& l’on ne doit jamais s’approcher de l’ennemi, dans le paíîàge d’une rivière, quel’on peut traverser fur un grand front, qu’on ne soit en état de lui tenir tête & dele combattre en deçà. II falloir donc s’y transporter avec toutes ses forces. Ce partiétoit le plus sûr, le plus honorable, le plus digne d’un homme de courage, & d’ungénie un peu au dessus du commun. Au défaut de celui-là, qui nous parut peut-êtreplus praticable, on pouvoir recourir à un autre.

On se souviendra de ce que j’ai déja dit, que dans les pais qui forment de profondesvallées, des pas de montagnes, Lc des défilés, où peu de monde suffit pour les gar-der, on abandonne les plus aisés pour prendre les plus difficiles: on les rencontre àchaque pas qu’on fait en arriére, tout dépend de la connoissance du pais ; l’on se posteen ces endroits, & l’on s’y fortifie : ce n’est pas asièz, il faut établir une ligne decommunication pour parer à tous les mouvemens de l’ennemi : cela ne suffit pas, ondoit avancer des postes fur lui, les fortifier & les soutenir de l’un à l’autre jufqu’à far-inée, l’arrêter & le chicaner à chaque pas qu’il fait, armer les gens du pais, les distri-buer par petits corps, & les répandre par tout, l’cnveloper de toutes parts, le resserrerà ses flancs, gagner ses derrières, tomber fur ics convois, finquiéter dans íà marche;enfin le harceller fans aucun relâche. Ce que je dis ici est une chose si aisée dans unpais comme la Provence ; que si l’on eut permis aux païfans de prendre les armes pendantla campagne dont je parle, je ne vois pas comment f ennemi eût pû avancer jusqu a Tou-' Ion, ou comment il s’y fût pris pour faire retraite; je ne le vois pas, & je ne croispas qu’on puiíse se l’imaginer dans ce qui me reste à dire de cette campagne.

Voilà en peu de mots ce qui concerne les dehors de la ligne qu’on eût pû former, sil'ennemi se fût jette dans les montagnes, pour gagner les revers de Toulon, & mettrehors de mesure le Marquis de Goesbriand. ATégard du dedans de cette ligne, c’étoitfaífaire capitale du Général, & un très-grand sujet de méditation, de foin, de travailà de vigilance, & dont le succès dépendoit uniquement de la connoiísence des lieux.Nous ne nous embarquerons pas pour le coup dans cette affaire, parce que ce n’est pasici le lieu, puisque les ennemis ne prirent pas le parti de se jetter au travers des monta-gnes. Leur dessein étoit le siège de Toulon, dont la prise leur ouvrait la conquête detoute la Province. Jamais armée n’eût couru un plus grand risque de périr, si nouscuisions connu nos avantages. Après le passage du Var les ennemis tirèrent droit àToulon pour en former le siège. Quels obstacles ! quelles chicanes ne pouvoit-on pasopposer à leurs desseins? elles son: en foule. Le retranchement que l’on tira depuis laville jufqu’à la montagne, sauva la Provence. L’ennemi ne pouvoit former son siège,s’il ne le forçoit auparavant. Le Marquis de Goesbriand, qui fut détaché avecun grand corps de troupes pour le défendre, s’ennuiant du peu de vigueur des ennemis,& trouvans que le repos dans un Général est mille ibis pire que foisiveté, imagiiv. une