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Tome quatrieme.
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28 'II I S T O I R E DE POLYBE,

tent de l’état où Ton esl, comment portera-t-on les autres à nous Taflarèïr& à nous y conserver ? Ceux avec qui nous vivons s’accommodentpres-que toujours au présent. Ils ne parlent & n’agissent que comme deapersonnages de théâtre; de sorte que leurs'vûës sont difficiles à décou-vrir, & que la vérité est souvent cachée sous d’épaisses ténèbres. II n’enest pas de même des actions passées. Elles nous font clairement con-noître quelles ont été les dispositions & les sentimens de leurs auteurs.C’est par là que nous connoissons de qui nous devons espérer des fa-veurs, des bienfaits, du secours, &de qui nous devons craindre toutle contraire. Enfin c’est dans les choses passées que nous prévoions qi\iaura compassion de nos malheurs,qui prendra part à notre indignation,qui fera le vengeur des injustices que Ton nous a faites. Et qu’y a-t-iíde plus utile, soit pour nous en particulier, soit pour la République engénéral ? Ceux donc qui lisent ou qui écrivent THistoire, ne doivent pastant Rappliquer au récit des actions mêmes, qu’a ce qui s’est fait aupa-ravant, en même tems & après. Otez de THistoire les raisons pourlesquelles ,tel événement est arrivé, les moiens- que Ton a emploiés, lesuccès dont il a été suivi, le reste n'est plusqifun exercice d’esprit, dontle Lecteur ne pourra rien tirer pour son instruction. Tout se réduiraà un plaiiir stérile que la lecture donnera (sabord, mais qui ne produiraaucune utilité:

Avanta- Ceux qui s’imaginent qu’un ouvrage comme le mien, composé d’ungqs d’u- grand nombre de gros Livres, coûtera trop à acheter & à lire, ne sça-tolre^u- vent apparemment pas combien il est plus aisé d'acheter & de lire qua-niversei- rante Livres, qui apprennent par ordre & avec clarté ce qui s’est faitsur , _ en Italie , en Sicile Sc en Afrique depuis Pyrrhus, où finit THistoire detîr.iiUcre. Timée, jusqu’à la prise de Carthage, & ce qui s’est passe dans les au-tres parties du monde depuis la fuite de Cléoméne Roi de Sparte, juf-qu’au combat donné entre les Romains & les Achéens à la pointe duPéloponèse, que de lire & d’aclieter les ouvrages qui ont été fiits furchacun des événemens en particulier. Car fans compter que ces ouvra-ges sont en Lien plus grand nombre que mes Livres, on n’y peut rienapprendre de certain. Les faits n’y sont pas apportés avec les mêmescirconstances. On n’y dit rien des choses qui sc sont faites dans le mê-me tems: cependant en les comparant ensemble, il est assez ordinaired’en penser d’une autre manière que lorsqu’on Ls examine séparément.Une troiíléme raison, c’est qu’il est impossible d’y toucher les choscsqui sont les plus importantes. Nous Tavons déja dit, ce qu’il y a deplus nécessaire dans THistoire, ce sont les choscs qui ont suivi les faitsSc celles qui sc sont passées en même tems, & plus encore les causes quiles ont précédés. C’est ainfi que nous scavons que la guerre de Philip-pe a donné occasion à celle d’Antiochus,celle d’Annibal à celle de Phi-lippe, & celle de Sicile à celle d’Annibal, & ou’entre ces guerres il y aen grand nombre de divers événemens, qui ter.doient tous a une même