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„ fleuve se recourboic, & vis-à-vis une Ifle deserte, Tun & l’autre couverts de bob„ partant très-propre à former une entreprise. II résolut de passer en cet endroit, apreo„ avoir disposé auparavant le long du rivage des corps-de garde de distance en distan-„ ce d’où l'on pouvoit se voir & s’entendre, & il fuioit jetter des'cris toutes les nui»„ & allumer des feux. Ensuite il fit préparer publiquement tout ce qui étoit néces-„. faire pour faire croire qu’il vouloit palier vis-h-vis son camp. II y laiflà un corpsde troupes,avec défense de palier qu’il ne vît Porus décampé,soit pour se retirer »„ ou pour le venir combattre: car. s’il vient contre moi, dit-il, avec une partie de.„ ses troupes, & qu’il laisse l’autre dans son camp avec ses éléphans, vous y demeu-„ rerez ; mais s’ils partent vous partirez aussi, quand une partie de l’armée demeure^„ roit. Car il n’y a rien à craindre pour le paílàge que les éléphans, à cause de la
,, cavalerie. Voilà Tordre qu’il laissa à Craterus, qui commandait ce corps. Or*
„ .entre l’Iste & le camp il avoit mis Méleagre, Attalus & Gorgias avec la cavalerie.„ & Tinfanterie soudoiées, & leur avoit commandé de palier par troupes lorfqu’ils le„ verroient attaché au combat. Après avoir- donné ces ordres, il prit fa compagnie„ Roiale avec les régimens de cavalerie d’Ephellion, de Perdicas^ de Démétrius,ceuX'„ de la Bactriane & de la Sogdiane;les Scythes & les Dahes,qui font des archers à,„ cheval, & pour Tinfanterie les Argyraspides avec les phalanges de C lite & de Cœ-„ nus, les Archers & les Agrienss’éloignant du-bord pour n’être pas apperçuv,, tira la nuit vers l’Ifle où il avoit résolu de passer. Cependant on y empliflòit fecrc-
tement les peaux qu’on y- avoit amassées, & on les cousoit avec sein. On y ra r -
„ seinbloit aussi les bateaux qu’on y avoit portés par pièces fur des chariots, & prin-„ cipalement les galères h trente rames, la forêt empêchant qu’on n'aperçût rien de.„ ce qui s’y passoit. Mais ce qui servit encore plus à couvrir Tentreprilè, fut un o-„ rage effroiable qui dura toute la nuit, dont le bruit empêchoit qu’on n’ouît celui.„ des troupes, & le tumulte qui fefait dans Texécution des ordres. Sur le point du,, jour l’orage étant appaisé, toute Tannée puise vis-à-vis de Tille fans être apperçûa„ des ennemis. La cavalerie étoit fur les peaux, & Tinfanterie fur les navires; les„ Argyraspides passèrent fur les galères à trente raines, une partie avec Alexandre r„ .& l’autre séparément.
Le paísege de THydaspe, comme celui du Rhône, font très-remarquables, tous les-deux d’une conduite admirable & d’un détail surprenant. Alexandre, & Annibal, fefussent exposés à une défaite inévitable, s’il ne se fuíîènt bornés -qu’à une attaque ou-verte & de vive force. Quelquefois la ruse nous dispense d’y joindre l’autre, & c’est.toujours ou presque toujours celle dont Alexandre se servit au paílàge de THydaspe.Porus manqua moins de prévoiance & de conduite que les Gaulois. Rien n’empê-choit ceux-ci de faire battre Testrade le long du fleuve,ou d’y poster des petites gardesqui fe communiquassent & s’entravertîflènt de Tune à l’autre par des signaux concertésparticulièrement aux endroits où il y avoit le plus à craindre : ce qui suffit à T égarddes grands fleuves, où l’ennemi ne seauroit passer fans grand appareil, & fans qu’onait le tems d’en, être averti. Cette faute des Gaulois est une preuve de la malhabiletéde leurs Généraux. 11 ne faut pas s’étonner s’ils furent surpris. Ces sortes de surprisesfont d’autant plus dangereuses, qu’on croit le mal plus grand qu’il tt’est en effet, &l’on fe retire lorsqu’on fe trouve en état de repousser Tennemi, comme cela arriva aupaílàge de l’Efcaut en iyofl. car ceux qui les premiers fe rendirent maîtres du pont,,n’étoient pas capables de résister contre une compagnie de grenadiers. Tout ce queles Gaulois pouvoient faire dans une chose si imprévue, étoit de détacher un corps de.troupes qui eussent été à la rencontre d’Annon, pendant que le»reste de l’armée eûtdisputé le passage du Rhône à Annibal.