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Tome quatrieme.
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L-ï V R E III. C Ií A P. VIII. 4J

Polybe ne nous dit pas fi les Gaulois avoient de la cavalerie. 11 sembleroit qu’iis enmanouoienï ,& c’est dans ces sortes d’actions qu’elle meparoìt la plus néceflàire. Ce-pendant le soin qu’Annibal marque de faire passer la sienne, me persuaderoit presquequ’il y en avoit dans cette armée. La maniéré dont celle des Carthaginois traversa lelleuve, me paroìt bien imaginée. Tite-Live, qui ne fait que copier notre Auteur enbien des endroits de son Histoire , - f explique un peu moins clairement, quoiqu'il lesaisie assez entendre. ■

Bien des gens prétendent que la maniéré dont Annibal s’y prit pour faire paíîèr leschevaux de là cavalerie, ne se trouve nulle part dans lTIistoire, & que si Polybe &Tite-Live ne nous l’avoient apprise, elle seroit encore inconnue. Ces gens-là se trom-pent beaucoup. L'exemple que Plutarque nous fournit dans la Vie de Timoleon,eltbien autrement remarquable. II dit que les Corinthiens étant arrivés à Rhége , & nepouvant paíîèr le détroit pour aller en Sicile au secours de Timoleon à cause des vais-seaux des Carthaginois qui croisaient fur ce parage, apprirent que la flotte avoit faitvoile du côté de Syracuse; ils ne perdirent pas un moment, ,, & se jettent promte-„ ment, dit-il,dans les premières barques de pécheurs qu’ils rencontrent par hazard,,, & passent en Sicile avec tant de sûreté par une si grande bonace, qu'iis mentrc-nc„ leurs chevaux par la bride toujours nageant à côté de leurs bateaux.

Je trouve un exemple d’une pareille invention dans le passage du Rhin par M. leBue de Longueville en 1639. Le Vaísiorle rapporte dans son Histoire de Louis XIII.II ne le croie pas inférieur, au jugement même de plusieurs Auteurs, dit-il,au fameuxpaflàge du Rhin que Célàr ?. 11 soigneusement décrit dans les Commentaires. Se mo-que-t-il ?' Ce sentiment est absurde: ce paflàge n’a nul raport avec l’autre. II le donnecomme quelque chose de merveilleux & de fort hardi. Rien de tout cc-la: à moinsqu’on ne veuille le prendre dans la façon dont on si t passer les chevaux de la cavalerie,ce qui seroit ridicule. Venons à l’exemple que j’ai promis.

Le Duc de Longueville qui vouloit paíser le Rhin dans un cas, où la nc-cesiìté népouvoit être plus grande, envoie des espions pour savoir si farinée Bavaroise étoit re-tirée. Assisté de ce côté-là, il ordonna que les troupes se rendiflènt le 28. Décembreaux environs de Bacarra & d’Obervezel. Le 25. du même mois le Comte de Gué-briand alla reconnoître les lieux les plus propres à passer la rivière. Le Lieutenant d’ar-tillerie avoit préparé des barques. Le Duc de Longueville arriva vers la nuit à Bacarra.Le Comte de Guébriand commanda au-Capitaine des bateaux de partir avec ses batol-liers. Ils-firent monter les petites barques au-deílbs de Lorik; A deux heures aprèsminuit le Comte de Guébriand fit passer Roqueserviéres avec cent quarante mousque-taires & soixante piquiers, gens choisis. Des qu’ils eurent mis pied à terre fur l’autrebord, Roqueserviéres les mit en bataillé. Après que le Comte de Guébriand eut faitpasser la plus grande partie des quatre régimens, il puflà lui-même,attaqua Lorik,&le prit. Le lendemain il paflà la cavalerie. Comme il étoit impossible de paflèrles che-vaux dans des barques aussi petites que les nôtres, le Colonel Roze esiàia une nouvel-le maniéré, qu’il avoit vû pratiquer à un Officier nommé Koulnaste. Un cavalier des-cend dans une barque, fait entrer son cheval dans l’eau,1e conduit par la bride, & lecheval pafie à la nage:on en mena trois ensuite dans la même barque,& la chose pa-roît si facile que tous les autres súivc-nt l’exemple. Après cet heureux essai toutes lesbarques furent emploiées à la fois pendant huit jours & huit nuits. Le reste de la ca-valerie arriva en bon ordre amdelà dû Rhin.

Cette nouvelle maniéré de faire pasier les chevaux est, comme l’on volt, fort an-'cienne & fort sûre à l’égard des rivières extraordinairement larges & dangereuses; maisla question est de savoir si le paflàge des chevaux des Corinthiens de Rhége en Sicile-

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