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n’est pas une fable. Je fuis persuadé que non, quoique le trajet soit de près de deuxlieues : les chevaux nagent très-longtems, lorsque ceux qui font dans les bateaux lessoutiennent par la bride d’une main,& leur relèvent la tête de l’autre en se baillant fin-ie bord du bateau. C’est ce que j'ai vu pratiquer en 1708. à un régiment de dragonsdes troupes de Hollande, qui fit passer à tous ses chevaux le bras de mer qui sépare laville de l’Eclufe de Tille de Cadfant, dont nous nous étions rendus les maîtres. Je merendis dans cetre ville pour aller prendre les otages, & mon cheval passa de la mêmeforte que les autres.
OBSERVATIONSSur le passage des grandes Rivières.
§- I.
Avantages de ceux qui défendent les pasages des grandes rivières. Depuis les An-ciens-il n y a point eu de plus habile traverfeur de rivières que M. le Prince Eu-gène.
J E ne vois rien de plus difficile que le passage des grandes rivières, soit par la ruseou de vive force, lorfqu’on a affaire à un ennemi vigilant & entendu, & cepen-dant on les paílè, & rarement échoue-t-on dans ces fortes d’entreprifes. J ai lieu d’enêtre étonné , non pas dans celles où le stratagème en a seul la gloire., ou qu’il est lié àla force ouverte, mais uniquement dans celle-ci. Cela me paroît surprenant, vu l’a-vantage de celui qui se défend,qui est si grand qu’il est à peine concevable, & cepen-dant on fe laide emporter en sort peu de teins. Seroit-ce que la méthode de celui quiattaque, & Tordre qu’il observe dans le combat, feroient au-dessus des précautions decelui qui fe défend ? Rien de tout cela. Je l’ai déja dit, l’avantage est toujours ducôté de ce dernier,ô: malgré cela il est emporté,quoiqu’ií ait des forces capables defaire une forte & vigoureuse résistance, & d’empêcher le débarquement, & en mê-me tems Tétablisièment du pont que Ton établit à la faveur du canon & de ceuxqui paílènt.
Véritablement celui qui tente le pasiage d’un grand fleuve rapide & impétueux, acet avantage fur celui qui fe défend,que s’il ne peut emploier le stratagème ordinaire& dont j’ai parlé, il est toujours en état d’obliger son ennemi à une grande diversionde fes forces, par de fréquentes tentatives en différons endroits éloignés du véritable,où il a desiein de passer & de jetter son pont; mais il est aisé h celui qui fe défend deconnoìtre ces sortes d’endroits, & de distinguer les fauíîès des vraies attaques. Car s’iln’en est point capable,ou s’il néglige d’éxaminer par lui-même le cours du fleuve ,&les lieux qui peuvent être les plus favorables à Tennemi, il réduira son année àrien, par la multitude des postes qu’il fera obligé d’occupeiv
M. le Maréchal de Catinat s’étant porté fur i’Adigé en 1701. pour en défendre lepasiage h Tannée Impériale, divisa tellement fes forces en divers petits campetnens & endifférons postes,qu’il fe trouva hors d’état de fe défendre en aucun endroit,par í’élei-gnement des quartiers ou des petits camps répandus le long du cours de cette rivière,fur un front de plus dc douze lieues. Cette sauce, qui n’est que trop ordinaire dans