LIVRE III. CHAP. VIII. 4^
k défense des grandes rivières, comme dans celle des petites, fut reprochée à M. leMaréchal de Catinat avec beaucoup de raison.
Cinq ans après M. le Duc de Vendôme tomba dans une faute semblable, comme jel’ai dit plus haut. Ce qu’il y a de bien singulier, c’est que M. le Prince Eugène se ser-vit de la même ruse contre tous les deux, fur la même rivière, & l’ennemi pafla tou-jours à l’endroit où M. de Saint-Fremont commando!t le plus commodément du mon-de: tant cet Officier Général écoit entendu, alerte & vigilant. Ce qu’il y a de plussurprenant, c’est qu’il fut toujours écouté & récompensé comme un habile homme. IIne manqua jamais de raisons pour excuser ses fautes, & les rejetter fur d’autres,qui n’y avoient nulle part, pour bien faire ses affaires, & asièz mal celles de sonMaître.
Dans ces sortes de conjonctures celui qui veut paílèraun très-grarid avantage fur sonennemi, qui ne sçauroit recevoir aucun avis, ni rien connoître de ses mouvemens qu’a-près le coup fait. On donne jalousie en plusieurs endroits à trois ou quatre lieues lesuns des autres, & l’on fait même mine de négliger le véritable. Lorsqu’on s’est ap-perçû de ces différons mouvemens, - & que l’ennemi s’est partagé en plusieurs campe-mens & selon ses craintes, qu’il s’eíl par conséquent affoibli par tout, & que ses quartierssont trop éloignes les uns des autres pours’entresecourir, on doit alors tenter en cesen-droits-là: on a le temsde s’établir &de battre tout ce qui s’oppoiê d’abord à notre pas-sage, avant qu’on ait le teins de raíïèmbler d’assez grandes forces pour attaquer ce quia déja paífé, qui groffit & augmente toujours à mesure qu’il en pasie davantage.Pendant ce teins-là on établit son pont, on se saisit des postes les plus avantageux, onse rempare avec des arbres coupés à la tête du pont, & l’on so forme derrière cetabattis que l’on étend à mesure qu’il pasie des troupes
Si l’on trouve une rivière qui ait son confluent dans le fleuve que l’on veut priser, ondoit choisir cet endroit préférablement à tout autre: l’ennemi ne s’apperçoit ni nevoit rien de ce qui se pasiè en dedans, les préparatifs sc font sans péril & avec beau-coup plus de secret & de diligence. Pendant ce tems-là l’on tâche de faire diversiondes forces de l’ennemi, par des contremarches dont il ne puisiè être informé, & quilui puissent faire croire qu’on n’a nulle envie d’attaquer de ce côté-là, où l’on lais-sera un grand corps de troupes embusqué; on fera même miné de setter un pont àtrois ou quatre lieues au-dessus ou au-dessous du fleuve. II est bien difficile quel'ennemi ne prenne pas le change, iorsqu’il voit une armée qui décampe d’un endroitpour tenter le passage en tout autre, pendant qu’on lui dérobe la connoissance despréparatifs qu’on fait ailleurs, & des troupes pour la descente. La nuit toute cettearmée qui aura tenté le jour, décampera à la sourdine pour se rendre en diligence hl’endroit où l’on aura résolu le pafíàge. Tous les bateaux sortiront de la rivière, &entreront dans le fleuve pour passer au-delà. •
Les premières troupes qui auront débarqué, attaqueront sortes ousoiblestoutcequise présentera devant elles; elles occuperont les maisons les plus proches de la rive d ufleuve & des endroits les plus avantageux, & s’y fortiíieront le mieux qu’il i'era possi-ble par des arbres coupés, autant que le tems & les lieux leur pourront permettre. Lemeilleur & le plus prudent, est d’attaquer d’abord l’cnnemi, qui se trouvant surprisfait moins de résistance. II arrive souvent qu’on abandonne le poste pour se joindre augros, ou pour attendre le secours des troupes les moins éloignées, pour marcher ensui-te à celles qui ont d’abord percé ; mais lorsqu’on prévient ce secours & qu’on attaquece qui se rasiòmble,ce premier avantage, quelque petit qu’il soit, groffit extraordinai-rement,jette la terreur par tout, & anime davantage- 1c- victorieux, dont le monde aug-mente à mesure que les bateaux ou les radeaux reviennent chargés de nouvelles troupes, ■