LIVRE III. CHAP. VIII. 49
Pendant qu’il est en iparche & que nous l’ignorons, les troupes ennemies s'embar-ouent: on ouvre touc à coup lecluiè de l’Adigette, & l’on volt sortir gravement& à la file un nombre de gros bateaux dans le plein jour qui traversent le fleuve, &débarquent sans presque aucune opposition, occupent les endroits des bords qui leurfaroisiènt les plus avantageux, &. attendent un second volage pour se mettre un peuplus au large. Les troupes qu’on avoít laide là en fort petit nombre, effraiées duneavanture si inopinée, portent l’alarme par tout: ceux des postes plus éloignés au-roient eu le tems de venir au secours, outre que le gros n’étoit pas loin, & toutcela joint ensemble eût pû faire avorter un ÍÌ grand dessein. Deux mauvais Générauxdélibèrent là-desiùs, & après une consultation assez courte, on juge à propos demarcher du côté du Panaro .& de s’en couvrir, ce qu’on fit; cette rivière étoit très-íbutenable, malgré cela on l’abandonna dix ou douze jours après: car il ne fallutpas moins de tems aux ennemis pour faire leur pont fur le Pô. Cette action du Prin-ce Eugène est tout ce qu’on peut imaginer dc- plus hardi & de mieux conduit. Jel’eslime d’autant plus, quelle fut l’objec d’un grand dessein, qui étoit le secours deTurin., & d’une marche qui a peu d’exemples dans lTIistoire.
i !I.
De r ordre fur lequel l'on doit combattre au passage des grandes rivières. Moienpour faciliter le débarquement , b le faire en bon ordre.
J E ne vois rien dans notre méthode à l'égard du pasiàge des grandes rivières, nonplus que dans Part de les défendre, qui foie digne de quelque attention & fortinstructif. Il n’y a rien rncme que de fort mauvais, & quant à Tordre à l’égard ducombat, & quant aux précautions pour s’empêcher d’ètre rompus & culbutés dansla rivière par le grand nombre. Combattre par bataillons & selon la méthode ordinai-re, n’est pas un moièn propre pour résister contre le nombre qui nous double. Don-nons une manière de combattre plus assurée, plus simple, & qui soit exemte de-tous les défauts de Pautre.
Pour le pasiàge des grandes rivières, il faut avoir un grand nombre de bateaux ausitgros qu’il fera possible, & les armer, s’ii se peut, d’un blindage mobile defascinaged’osíer, ou de radeaux blindés de même: les premiers bateaux ou radeaux qui feront latête, seront remplis de quelques compagnies de grenadiers & d’un nombre de pertuisan-niers pour résister contre un effort de cavalerie. Le gros qui fera dans les autres ba-teaux, se formera en arrivant sur deux Colonnes (2) (3 )-, fur vingt files de hauteur &fur vingt-huic de profondeur, fraizées selon ma méthode. A mesure qu’on gagnera duterrain, elle grossira & s’avancera en bon ordre. II suffit qu’une Colonne ait percépour donner passage à celle qui suit, qui doit se mettre à côté,& s'éloigner à un cer-tain espace de Pautre, marchant toutes deux par leur front à droit & à gauche , pourlaillèr un terrain pour la cavalerie, qui fe mettra entre deux. S’il arrive de l’infante-rie, elle formera une seconde section (4) (5) derrriére les deux premières. Quelquebrave & déterminé que l’ennemi puiffe être, il ne sçauroit enveloper les deux Colonnesde toutes parts fans un désavantagé manifeste: ears’il s'engage entre I’intervalle qu’elleslaissent entre elles pour les troupes qui passent h tout moment, il se trouveroit entretrois feux. Le second pasiàge doit être encore d’infanterie, qui formera les deux Co-lonnes du centre (6) (7); les bateaux qui reviendront ensuite, porteront ce qu’il yaura de cavalerie d’éiite (8) (9), & des compagnies de grenadiers (10) s’introduirontentre les espaces des Colonnes ainsi successivement on se rangeia dans le mcrnc ordre,Tome IV.