LIVRE III. C II A P. VIII. ? 3
'es bateaux qui se trouvent du côté opposé du fleuve,fort avant le long de son cours.On doit les faire passer en deçà, les couler à fond aux-endroits les plus aisés, ou lesbrûler. Je dis généralement tous les bateaux, íàns en oublier un seul. Cette disetteréduit rennevni à ne savoir où se prendre.- Le seul expédient qui lui reste, est de re-courir aux radeaux; mais comme toute forte de bois n’est pas propre pour ces sortesde machines, il se volt dans la nécessité de démolir les maisons pour en faire;ce quinous donne le loisir de prendre des précautions plus assurées, &d’en chercher pour lesrendre inutiles, ou d’empêcher un travail qui ne se peut faire que fur la rivière même,ce qui est un avertissement & une assurance qu’on passera en ce seul endroit où l’ontravaille, ce qui fait qu’on est en état de se mettre en forces.-
Dans ces sortes d’affaires, on doit encore observer s’il n’y a pas quelque rivière quiíè jette dans le fleuve, où l’ennemi peut aisément faire, secrètement & à couvert les -préparatifs, & sortir tout à coup,& lorsqu’on s’y attend le moins.
On en reconnoîtra le cours avec un très-grand foin, ses sinuosités, les endroits les <plus accessibles : on y fera élever de bonnes redoutes, ausquelles on jcmdra des courti-nes , s’il est nécessaire : on les élèvera le plus près des bords qu’il íèra possible ; on ob-servera de couper les retours qui peuvent être favorables à l’ehnemi, & des redoutesavancées pour ne laifler aucun terrain où il puiflè se former, & ne pas imiter les Ilollan-dois, qui en 1672. s’étant retranchés fur l’Iflel, laissèrent passer & former les Fran-çois de l’aiure côté, leurs retranchemens s’étant trouvés trop éloignés des rives dufleuve. II y a une infinité d’autrc-s précautions que j’écarte ici; mais celles dont je faisle plus grand cas, font les arbres coupés avec toutes leurs branches, que l’on couleraà fond par le moien de plusieurs paniers ou de sacs remplis de pierres liés fortementaux branches, ou en les retenant avec des pieux plantés entre les branches pourles tenir plus fermes.
Tout cela pourtant n’est d’aucune considération, s’il n’y a des troupes pour le dé-fendre. Le plus grand nombre des Généraux craignant également par tout, divisenttellement leurs troupes, & les portent en tant d’endroits,où il y a souvent le moins àcraindre, qu’ils trouvent le secret par cette conduite d’avoir à craindre par tout, &par tout ils font hors d’état de se défendre. Le meilleur expédient est de former depetits camps de deux ou trois mille hommes, à une lieuë ou deux l’un de l’autre, &des gardes entre deux qui se communiquent de l’une à l’autre avec des signaux concer-tés, afin de marcher en forces aux endroits où l’ennemi aura tenté le passage.
II y a encore une précaution à prendre, qui me paroît excellente, & qui me sem-ble n'avoir jamais été pratiquée. On doit avoir en différens endroits le long du coursdu fleuve,de petis bateaux ou canots forts légers à six rames,pour aller la nuit recon-noìtre le côté opposé, & pour aller aux nouvelles ou faire quelques prisonniers. Ondoit fur toutes choses fe défier de ces grands feux qu’on fait dans le camp. cela signified’ordinaire une. marche nocturne. C’est alors que l’on doit envoler reconnoître à la fa-veur de la nuit,avec ordre aux rameurs de fe laisser aller au courant, ou de passer àvogue sourde pourn’être pas découverts, à ceux qui seront descendus prêteront l’o-reille à terre : ils sçauront bientôt s’il y a une marche. Je trouve un exemple de cesfortes de décampemens nocturnes & de ces feux allumés dans l’ilistoire de Timur-Bec(V), que je n’ai garde djécarter. 11 vient trop à propos.
Encatoura s’étant révolté, l’armée de Timur marcha en diligence contre ce Rebellejusques fur le.bord du Sihon. (b) „ Les troupes des deux partis, dit M. de la Croix,
(a) Liv. II. ch. 62.
{b) Fleuve qui se jette dans la met Caspienne,-
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