54 HISTOIRE’ DE POLY B E,
„ s’étant saisies des pastàges, campèrent en présence les unes des autres,& elles mar-estèrent ' ! rnênlë duràrlt quelques jdtirs fur les deux rivages, pour trouver l’oc-„ cafìon d’en venir aux mains.
„ Pendant une certaine nuit Encatoura se servit d’une ruse de guerre;il laisìa mille„ hommes dans le camp qu’il venoit de quitter, & il leur ordonna que pendant qu’iî„ marchoit à la tête du reste de ses troupes fur le bord du fleuve, ils fiíTeht des feux c-n„ divers endroits du camp, asm de sure croire que toute l'année y étoit encore. II fie„ .une telle diligence, qu’il trouva un lieu propre pour passer le Sihon. II le traversa„ en même tems. Onnrcheik averti que les ennemis étoient en-deçà du fleuve, leur„ vient au-devant en hofnme surpris. II se donna un grand combat, où Enca-„ toura fut victorieux.
Comme il se rencontre quelquefois des Isles derrière lesquelles l’ennemipourroit fai-re ses préparatifs à couvert, comme- lit Charles XII. au pafiage do la Dune, & y-com-
muniquer par un pont,ce qui accourcit extrêmement;le chemin,lèlon la méthode dugrand Turenne ; il est important de s’en rendre les maîtres,& de s’y fortifier par quel-que sort, ou du moins par quelques gardes qui paillent avertirde .ee qui se pafle der-rière. Comme on ne doute plus alors qu’ona choisi cet endroit pour le passage, on estassuré d'agir avec moins d’inccrtitgdc des .véritables defleins de l'ennemi. Le l’on s’y for-tifie en rapprochant ou en s’affoibliíîànt aux postes les plus proches, fans négliger lesplus éloignés, & où l’enncmi pourroit tenter une fûustò attaque qui peut devenir lavéritable par nécessité. Ceux qui ont traversé cn certain endroit peuvent s’y maintenirpar les avantages qu’iis y ont trouvés, & par le peu de succès d’une véritableattaque où l’on aura échoué.
Voilà fort fuccintcment ce que je m’érois résolu de dire touchant les précautions& les devants qui me parodient les meilleurs pour la défense des grandes riviè-res. Pastòns maintenant à Tordre qu’on doit observer dans le combat.
II est ordinaire dans le pafiage des rivières de vive force, que celui qui le défend esttoujours supérieur à son ennemi. II ne sçauroit jamais palier d’abord un allez grandnombre de troupes pour être en état de résister contre la supériorité de ceux qui atten-dent de pied ferme, & il n’en paílè qu’une petite partie. II est toujours bon d’atten-dre qu’il en ait passé un certain nombre, on est toujours en pouvoir de l’accabler par unplus grand. Cette méthode me paroi t excellente en se rangeant selon celle que nous pra-tiquons aujourd’hui; mais comme il n’en est pas ainsi lorlqu’on attaque fur mon systè-me, il est bon de tomber brusquement sur les premiers pastès, puisque le petit nombrerangé par Colonnes soutiendra toujours contre le grand ,& par-là il donne le tems auxtroupes qui arrivent succelììvemant,de se joindre à celles qui se défendent. Je ne voispoint de meilleur moien pour accabler & battre ce qui a déja passé, que de se sonner surplusieurs Colonnes, & d’en opposer deux ou trois contre une feule des ennemis, cn lesattaquant par les têtes & par les côtés : elles se jetteront même entre les intervalles queles Colonnes ennemies laissent entre elles. La cavalerie attaquera i'épéo à la main, cha-que escadron entrelallé de deux compagnies de grenadiers.
On est quelquefois surpris dans ces attaques de vive force, lorsque Tcnnemi d íbarquetout d’un coup avec un grand corps de troupes, & fur tout lorsqu’il a donné jalouíìoeu plusieurs endroits, & qu’on a été obligé de se dégarnir à celui-là même où l’on estattaque; il est, je pense, meilleur de céder ,& d’attendre les secours qui accourent despostes plus éloignés, observant d’empêcher que les troupes n'arrivent à la file & les unesaprès les autres. II faut que les plus proches attendent les renfort? qui arrivent succeíìi-vement. On ne doit jamais envoler de petits corps, c’est une trè^-graude ee très lour-de là u te : seuls ils ne peuvent rien, & font auffi-tôt défaits par la déroute des autres. II