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Tome quatrieme.
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63 H I ST O I R E DE P O L Y B E,

Cependant il ne lui' restoit plus que douze mille Africains & huit mísis»Espagnols d’infànterie, & six mille chevaux. C'est de lui-même que?nous lavons cette circonstance, qui a été gravée par son ordre sur. uneColonne près du Promontoire Lacinien.

D u côté des Romains, Publius Scipion, qui, comme nous Pavonsdit plus haut, avoit envoié en Espagne Cneius son frère, & lui avoitrecommandé de tout tenter pour en chasser Asdrubal; Scipion, dis-je>débarqua au port de Piíc-s avec quelques troupes, dont il augmenta lenombre en passant par la Tyrrhénie, où il prit les légions qui, sous le"commandement des Préteurs, avoient été envolées là pour faire la guer-re aux Boiens. Avec cette armée il vint aussi camper dans les plaines-du Pô , pressé d’un ardent désir d'en venir aux mains-avec le dénérahCarthaginois.

Pourquoi Mais laissons pour un moment ces deux Chefs d’arméè en Italie, où’Polybe nous les avons amenés, & avant que d’entamer le récit des combatscertaines siu'ils lè sont donnés, justifions en peu de mots le silence que nous avons 1choies, gardé jusqu’ici sur certaines choses qui conviennent h l’Hiftoire. Caron ne manquera pas d’être en peine de savoir pourquoi, après m’ètre-fort étendu fur plusieurs endroits de TAsrique & de l’Eípagne, je n’ai' •parlé ni d n détroit que forment les Colonnes d'IIercule, ni de la 1mer qui est: au-delà, ni de ce qu’il y a fur cette mer de particulier,ni des Illes Britanniques , ni de la maniéré de faire l’étain , ni defor ni de l'argent que l’-iispagne produit, choses cependant sor lef-

appelle imprudent & téméraire, 5: pis encore.Tout ce qui paroît extrawiimire , dit Saint-Evromont, paroit grand,fi le succès est heureux, com-me Uut ce qui est grand paroît fou quand l'cvéne-ment est contraire. Ahnibal a c*il la fortune favo-rable,. couvre-t-il de honte & de confusion lenom Romain, il passe pour l’un des Guerriers leplus digne de nos éloges & des plus illustres del’ímtiquité; & il l’esten essetdans toutes les qua-lités qui forment les grand? hommes, quand mê-..ne i! suroît été exterminé après Iá bataille deCannes: puis que nous ne jugeons pas du méritedesGénéraiiBd’annèespcrlesévénemens. Je irevois que César qui puisse lui être comparé. Ap-pliquons à cet habile Chef de guerre ce que Piu-iarque applique à Pau! Emile. Pour ce qui efii des.glorieux luccès qu’il eut dans cette guerre, quandje vois qu’une partie est áûè d fion audace , une autre<1 fia prudence , une autre à la confiance de Jes trou-f es, une autre enfin à la constance avec laquelle ilJe maintint dans les. plus gr/mdíjiirils , b P r * í tou ~jours le bon parti dans les conjonblures les plus diffi-ciles , j'avoué’ que dans tous Jes exploits je n'entrou-ye pas un d’éclatant bfi de singulier qu onpuijfie im-puter à la fortune.

Je dis plus de cet Africain célébré, 11 doit toutà iui-mèiuê fans aucun partage de gloire. Mais,

diront quelques-uns, quel langage tiendiiez-vouss'il avoit succombé fur la Trcbie ou à Cannes?Pas autre chose, sinon que nous rabattrions beau-coup de nos éloges: car c’est la victoire contreun ennemi redoutable par le nombre, par la va-leur & par la conduite qui caractérise ies grandsCapitaines; & lorsqu'on se fait battre dans de*batailles, où l’on commetde lourdes fautes, c'esìmanque d'habileté, lorfqu'il n’arrive aucun dc ccsfortes d’accidens qui font au-dessus de la pré.voiance humaine. On iw laisse pas pourtant ;naî*gré la mauvaise fortune, après plusieurs victoires,d’admirer la grandeur dc l'entreprise &. !a har-diesse de l’txécution. J’hurois loué Annibnl, s'ilcût'été battu fur laTrébie fans pouvoir s’cn re-lever , comme je loue Charles XII. Roi de- Sué-de de son expédition en Moscovie après tant devictoires remportées. 11 n’avoit plus qu’un pas àfaire. Combien en avoit-il déja fait de bons? IIen fit un très-malheureux à Pultotvn : je distrès malheureux, une blessure qu’il reçut deux'ou trois jours avant cette malheureuse journéele mit hors a’état cfagír, & un grand Capitaineest rarement remplace par un de ses Lieutenanscontre un puissant ennemi digne du Maître qu’il'r/a piùs en tête, & fort au-dessus de celui quiprend fa place.