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Gaulois qui s’étoie-nt portés fur le bord de ce fleuve. Les Tricastins n’écoient pas fb->jets de ceux de Marseille. Annibal en entrant dans leur païs n’avoit rien à craindre desforces Romaines & des Gaulois leurs alliés. Je fuis très-perfuadé qu’il ne sinquiétoirpas beaucoup de Scipion & de son armée., à la tête d’une autre brave, aguerrie &infiniment supérieure à celle des Romains. II ne lui falloit pas tant pour les vaincre,puifqu’U lui en fallut fl peu pour en surmonter de plus grandes à son arrivée en Italie.M. de Mandajors lui fait passer f Isère par la crainte des Romains. J’ai de grandes& puissantes raisons de le laifler endelà.
Si ceux qui tiennent qu’Annibal cotoia le Rhône en remontant jufqu’à Lyon, 6equ’il passa encore ce fleuve pour entrer dans la fourche d’entre celui-ci & la Saône ; siceux-là,dis-je,lèavoient ce que c’est qu’une marche d’armée, ils conviendroient qu’ilétoit impossible qu'Annibal eût pû faire trente-cinq lieues de Dauphiné en quatre jours.Je ferai voir bientôt combien cette opinion est peu foutenable. L'armée d’Annibal étoittoute entière lorfqu’elle entra dans le Dauphiné. Tite-Live la-prétend de cent millehommes., Polybe en retranche quelque chose. Considérons un peu le païs depuis lesTricastins jufqu’à Lyon. 11 y a trois rivières a traverser : le Roubion, qui fe jettedans le Rhône auprès de Montelimart, la Droume & l’Ifére. Celle-ci est très-consi-dérable. II n’est pas possible qu’une grande armée, comme celle d’Annibal, ait pû kpasser en un jour, non plus que les deux autres, bien qu’elles soient guéablesen certaintems. Mais ce n’est pas ce que je considère le plus, c’est qu’il fe soit trouvé des gensassez peu raisonnables pour faire faire trente-cinq lieues en quatre jours à l’armée Cartha-ginoise. S’ils connoisiòient bien le pais, fans fçavoir même ce que c’est que marched’armée, il y a grande apparence.qu’ils auroient tenu un autre langage. Ce païs entrele Rhône & les Alpes, est un perpétuel défilé jufqu’à deux petites lieues de Lyon , deforte qu’elle n’a jamais pû marcher que fur une Colonne. Mettons fur deux, compriscelle des équipages: je demande si une armée de trente-huit mille hommes de pied & dehuit mille chevaux, traversera tant de païs en fl peu de- tems ? Cela me semble impos-sible. Qu’on remarque bien une chose, c’est qu’il fe trouve huit défilés très-étroitsdans cette route, fans y comprendre le pasiàge du Roubion, qui coule auprès de Mon-íélimart, & celui de la Droume & de l’Ifére, oû l’on ne fçauroit jamais marcher quefur six, ou tout au plus fur huit de rang. Je demande fl une grande armée, & tousJes équipages qu’elle traîne à fa fuite, feront beaucoup de chemin en un jour? Est ilbien possible qu’elle puiflè arriver en quatre jours à Lyon? „ Ces feules considéra-„ tions, (dit l’éclairé & très-sensé Auteur de l’Examen,) furie chemin qu’Annibal a„ pû Lire en quatre jours,& fur l’inutilité d’une plus longue marche, dévoient fuf-,, lire pour convaincre Accioli, (& tous ceux qui soutiennent qu’il remonta jufqu’au„ confluant de la Saône &stu Rhône,) qu’Annibal s’étoit arrête entre le Rhône &„ l’Ifére, íur tout étant fortifiées par les noms des peuples qu’Annibal trouva.„ dans fa route, & par la description du païs où il arriva quatre jours après„ avoir passé le Rhône.
Qu’on y prenne bien garde. II y a quatre bonnes marches d’arivjées depuis Orangejufqu’à l’Ifére, .& bon nombre de défilés. II ne faut pas croire qu’il ait joint cetteiïviére à son confluant : il alla droit à Romans, & prit ensuite la route de Grenoble.J1 s'arrêta un peu trop à la vérité dans ce païs-là, & en entrant dans les hautes Alpesil ne s’appsrçut pas que fa route, très-aisée dans toute autre saison, étoit devenue im-pratiquable par les neiges & par les glaces. Tout autre que ce Grand Capitai-ne seroit revenu sur ses pas; mais une ame si élevée & si extraordinaire que cel-Je-Ià, ne voít nuls obstacles & nulles difficultés au-dessus d’elle.
.Suivons maintenant ce grand homme dans fa route, & cette route que je vais don-ner