8o HISTOIRE DE POLYBE,
trouve pris au piège, enfermé comme dans un coíFre-fort. Celui qui agit osseníìve-illent , le trouve fou vent plus embarrassé que celui qui se défend, & lorsqu’il se croitau-dessus de ses espérances, que tout semble lui rire, qu’on lui cède les passtges les plusimporans, un polie avantageux, dont l'on ennemi «'empare, le réduit au parti de ladéfensive fans savoir craint, & d tine défensive d'autant plus difficile à soutenir, quecotte grande armée devenue inutile dans ces lieux étroits ne fait plus que l’embaraílèr.Isinsormne des rebelles d'Afrique, qu’Amilcar Barcas fçut attirer dans une vallée,en-tre deux pas de montagnes, en est une bonne preuve. Zifca faillit à en faire autant àh Nobìesiè de Bohème, qui s'engagea imprudemment dans un détroit de montagnes,où elle fut presque toute taillée en pièces : car fi Zifca en eût bouché l’entrée commeil avoit fait la sortie, on eût vû un événement tout semblable aux fourches Caudines,dont le reproche ne déplailbit pas moins aux Romains que la honte de Cannes: car detous les peuples du monde, il n’en c-íl peut-être point qui nous aient fourni pluslibéralement de ces fortes d’exemples.
Nulles vallées ne fe prêtent tant devantures de pièges & de stratagèmes réciproquesque les deux d’Ouix & de Prajeias. Ce feroit,ce me semble, une chose fort curieuse& digne d’être bien observée, qu'une guerre dans ce pais entre deux grands Capitaines.Je courtois parfaitement ces deux vallées comme celle de Saint-Mardn, où j’îii comman-dé en 1707. ce qui me met un peu plus au fait pour l’intelligence militaire des deux au-tres. Cela m'engage à hazaraer mon sentiment touchant la campagne de 1708. Dansle teins que le Roi de Sardaigne étoic occupé au siège de Feneílréles, M. le Maréchaldc Villars marcha pour secourir cette place;mais ce fut inutilement,tant les ennemiss’étoient précautionnés contre fes attaques. Supposé qu’ils fusiènt aíìez forts pour sui-vre leur siège & défendre leurs lignes, & que ceux de la vallée do Saint-Mardn eusientvoulu leur prêter la main ou ne prendre aucun parti,iì étoiten leur pouvoir de faireun bon coup, «Sc de couper les vivres & la retraite à l’armée de France, quoique leMaréchal de Villars occupât le poste de Sc-z.inne,dontil s’étoit rendu le maître. L’en-trem-ife étoit hardie & fort délicate, mais non pas si difficile qu’on pourroit s’intaginer.Ceux qui connoiíìcnt le pais autrement que par la Carte, & qui «'ignorent pasque les ennemis croient maîtres de la vallée d’Oulx, jugeront de cette entrepri-se tout comme j'en juge.
Un Général qui fait la guerre dans ces sortes de pais, & qui est à la tête d’une ar-mée inférieure à celle de son ennemi, doit d’autant plus donner à la fortune,que s’ilvient à être battu, il ne l’est jamais tant qu’il ne lui reste encore quelques reflòurces :car elles font infinies, «St fa retraite est presque toujours aífùrée. On gagne aifémc-ntles hauteurs, on fe trouve presque toujours posté à deux pas de foi,& les hauteurs quel'on gagne empêchent l’ennemi de nous donner chaste : car la fuite dans ces fortes delieux est beaucoup moins dangereuse que la poursuite. C’est ce qu'un Général habile& victorieux n’a garde de faire, dg peur de donner dans quelque embuscade : ce quifait que ceux d’en-bas fe retirent h la faveur de ceux qui ont gagné le haut, «Se l’on neva pas loin, lorsque les hauteurs des deux côtés font bien garnies de troupes. PolycnÇa) dans fes stratagé-mc-s nous en fournit un bel exemple, que nous allons rapporter.
„ Onomarque étoit c-n guerre contre les'Macédoniens, dit-il, il avoir à dos une,, montagne contournée en forme de croisant. Iì cacha aux deux extrémités de cette„ montagne des archers «Sc des frondeurs, il fit avancer fes troupes dans la plaine qui,, étoit au- devant de cette montagne. Quand les Macédoniens eurent commencé a ian-,, cer loirs traits, les Phociens strent semblant de fuir vers le milieu & le fond de I4
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