LIVRE III. CHAP. XI. 8r
>, montagne : les Macédoniens ks suivent avec beaucoup d’ardeur. Ceux qui étoient,, postés aux deux pointes de la montagne, incommodèrent extrêmement la phalange„ Macédonienne à coups de traits & de pierres. En même teins Onomarque tourne„ tête contre la phalange. Les Phociens donnent courageusement fur la phalange Ma-,, cédonienne, qui fe trouvant en même teins attaquée de front, & maltraitée à fes„ flancs & fur fes derrières par une grêle de traits & de pierres, eut bien de la peine a„ faire retraite. C’cst dans cette fuite qu’on rapporte que Philippe Roi de Macédoine„ dit: Je n ai pas fui i mais f ai fait comme le bélier , f ai reculé pour recommencerà fraper avec plus de force. Apparemment pour avoir fa revanche à la première occa-sion. Quand même fennemi après une victoire fc- làcheroit fur les hauteurs commedans le bas de la vallée, les retours des chemins étroits & bordés de précipices, ou peude gens peuvent faire ferme, peuvent bientôt faire tourner la chance,íì l’on fçait enproiiter. On volt peu de batailles complettc-s dans cc-s fortes de pais, fl l'on s est pré-cautionné à Pennée de la vallée & fur los hauteurs, qu’on laisse fur fes derrières.
Si comme Annibal l’on n’avoit autre dessein que celui de traverser un païs de hautesmontagnes, fl n on tout ennemi du moins fort suspect, si l’on y entre fans aucun Trai-té qui puiíîè nous assurer le passage, je ne vois guéres d entreprise plus délicate,plusembarrassante, & où la défiance soit plus nécessaire. Le secret, la diligence & le bonordre dans la marche, font les seuls & uniques moiens pour espérer de passer, ou dumoins d’empêcher que les peuples ne puissent s’aífembler en a íì’ez grand nombre pours’oppofer au passage, & gagner les pas des montagnes plus éloignés. Tout dépendd’une bonne & grosse avantgarde, qui marche avec fes vivres, fes munitions & desoutils en grand nombre,& d’cxcellens guides qu’on renvoiera contens,pendant qu’onen prendra d’autres qui feront d’autant plus fidèles, qu’ils verront que les autresauront été bien traités.
Cette avantgarde, composée de tous les dragons & d’un bon nombre de compagniesde grenadiers, fe partagera en trois corps,qui marcheront à une lieue l’un de Pautre:le premier de ces corps servant comme d’avanrgarde perdue pour fe saisir des passages les.plus importans : ils feront relevés par les troupes de l’armée lorfqu’elle en approchera,asm que ces rrois corps puissent gagner les postes ou les passages à une lieue du camp ;observant d’avoir toujours des détachemens entre les trois avantgardes, pour avoir plu-tôt des nouvelks de ce qui fe passe entre elles. Que s’il fe trouvoit quelque détroit,quelque pas, quelque torrent difficile à passer à une ou deux marches de l’armée, ilfaut le gagner avec une extrême diligence, avant que ceux du païs ne nous y prévien-nent : on s’y retranchera par des arbres abattus ; en un mot on doit s’établir par toutoù l’on met le pied ,c-n s’aífûrant des passages au plus loin qu’il est possible, loríqu’ilsfont de grande importance. Je ne vois point d’autres expédions & de meilleu-res précautions à prendre.
Quant au gros de l’armée, on ne peut pas douter que traversant tant de lieux diffé-rer! s , il ne saille regler fa marche selon qu’ils changent de nature, du moins autantqu'il dépend de nous. Pour moi je crois qu’il feroit mieux de distribuer chaque armede telle forte, que chacune pût fe soutenir réciproquement, ou que l’une qui ne fetrouveroit pas à son avantage en certains lieux pût couvrir Pautre: je pense que le meil-leur expédient feroit de marcher un bataillon &un escadron alternativement mêlés, &Les équipages de chaque corps ensemble, & de doubler toujours où les chemins le per-mettront; & où le païs s’ouvrira, le remplir autant qu’il est possible; observant defaire toujours marcher de l’infanterie fur la croupe des montagnes des deux côtés de lavallée, & faisant c-n forte lorfqu’elies font d’un accès aisé, qu’une partie de l’arméecotoie Pautre par leur sommet : lorsqu’elles ne feront pas inaccessibles, ceux d’enhautfe
Tome IV. L