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Tome quatrieme.
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Si HISTOIRE DE POLYB.E,

régleront sur le corps d’en bas,& varieront toujours les précautions selon les craintes-les desseins qu’on peut avoir, & les-changemens qu’on trouve h mesure qu’on avance.On observera fur toutes choses d’avoir une forte & puissante arriéregarde, com-posée de tout ce qu’on peut avoir de troupes d’élite.

On ne fçauroit marcher sûrement si l’on ne voit bien loin devant soi, & fi l’on n’aencore présens & trcs-préíêns dans l’efprit le païs & les passages qu’on laisle derrière.Cela regarde l’avantgarde, si l’on agit fur un desièin semblable à celui d’Annibal : car sil’on entroit dans ces sortes de païs pour tout autre dessein que celui de le traverser,-comme pour faire quelque conquête ou pour toute autre entreprise , il faudroit se gou-verner sur d’autres principes, & garder les entrées des vallées,, de peur detrecoupé d’un côté & prévenu de sautre..

Si cela n’est pas arrivé dans nos dc-rniéres guerres dans les Alpes &dans les Pyrénées,chacun des deux côtés en a souvent fourni l’occasion sans le sçavoir, & sans qu’aucunen ait sçû profiter. Rien ne m’a tant surpris que cela,& ne m’a donné une plus mau-vaise opinion de bien des Généraux, qui pensent bien plus à le défendre dans un païsde montagnes, où l’ennemi s’est engagé pour entrer dans le païs, qu’à profiter des oc-casions qui se présentent presque à tout moment dans le cours d’une campagne & dansune guerre défensive," qu’on doit tout aussi - tôt tourner en offensive: fur tout quandon a en tête un ennemi, qui se confiant un peu trop en ses forces, ne songe guéres à ■fe précautionner aux endroits qu’il laisse derrière lui. II y a dans l’Histoire une infinitéd’cxemples d’événemens célébrés, où des Généraux habiles nous font voir qu’on avancesouvent plus dans cette forte de guerre par des mouvemens rétrogrades que par d’autrescontraires.. Un Général fin, rusé, & autant instruit du païs où il fait la guerre, quedu métier qu’il profeflè, cède quelque tems,& attend celui de l’occasion, & l’occa-sion se plait beaucoup plus aux montagnes que dans les plaines; mais elle n’estguéres apperçûë dés Généraux de vûë courte.

Je l’ai dit en plusieurs endroits- des Volumes précédens, & je le répété encore: laguerre des montagnes est tout ce qu’on peut imaginer de plus difficile & de plus pro -fond. Que si nous n’avons pas éprouvé ni -vû de nos jours tant de cas particuliers, tantd’obstacles & de chicanes, tant d’excellentes précautions,tant de manœuvres savan-tes & dignes d’être admirées, & qu’en un mot nous n’aions rien vû que de fort com-mun & de fort ordinaire dans les guerres que nous avons faites dans les Pyrénées,oùpersonne ne s’est présenté devant nous, par foiblesie ou par ignorance : si nous ou nosennemis n’avons pas observé la méthode la plus fûre,& sçu profiter des occasions, sinous n’avons pas connu la facilité de nous défendre ou d’atcaquc-r; qu’il me soit permisde dire à la honte des deux partis, que c’est un grand préjugé & malhabileté, de man-que de hardi elfe & de résolution, de peu dïntelligence du païs & de défaut d’espritrusé, si nécessaire dans cette forte de guerre : car l’ignorance rend toujours lecourage inutile & fans fruit.

Si en 1719. Je Général qui commandoit fur la frontière des Pyrénées, avoit bien-voulu fe présenterau défilé du port du pailàge, nous aurions repris le chemin d’où nousétions venus; car ce qu’il y avoit de troupes ne iè lit voir que par maniéré d’acquit, ■& puis s’en alla. Lorsqu’on ne trouve aucune résistance dans un païs si aisé ù défen-dre, on doit regarder cela comme un coup de fortune ,& remercier le Seigneur très-humblement qui aveugle nos ennemis. C’est la résistance ferme & vigoureuse l’ordre& la conduite des deux côtés qui illustrent une action; & lorfqu’il n’y a rien detout cela, il faut rendre grâces h Dieu qui bénit nos armes.

N’avons-nous pas vû pendant toute la guerre de 1688. deux mille ou quinze censBarbets ou habicaus de la vallée de Saint-Marcin, tenir cn respect quarante bataillons