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Tome quatrieme.
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34 IEI S T O I R E DE P O L Y B E,

meux Scanderberg fans l’atteindre. La guerre du premier en Espagne contre les pîitáfomeux Capitaines que Rome put lui opposer, est tout ce que la science des armes a doplus fin & de plus achevé. II s’étoit niché dans les montagnes à la tête d’une petitoannée de montagnards Espagnols, qu’il avoir disciplinés & formés de fa main, & cepen-dant cette petite armée, avec un tel homme h fa tête, mit à bout l’art & les effortsdes Capitaines les plus braves & les mieux entendus. Pompée, qui s’en faifoit n forsaccroire, apprit à fe mieux connoître contre cet homme tout extraordinaire. Serroriusle fit donner dans une infinité de pièges & d’embuscades, bien que celui-ci lui suc in-finiment supérieur. II le battit toujours, & de la maniéré du monde la plus honteuse ;& ce qu’il y a de bien remarquable dans un Général dont la foiblesse ne permet aucunéquilibre, c’est d’avoir fait des sièges & pris des places fortes à la vue du grand Pom-pée, spectateur paisible & immobile des actions d’un Guerrier habile, qui se rioit dovaines menaces & de la vanité de son ennemi, sans qu’il lui fût possible de rien faire ,tant la guerre des montagnes offre d’avantages & de gloire à acquérir à celui qui lesconnoît bien, & de honte h ceux qui se mêlent d’y faire la guerre avec une intelligencebornée. C’est dans cette forte de guerre plus que dans aucune autre, que l’onconnoît ce que valent les hommes..

La race des Sertorius ne seroit-elle point perdue ? Je le croirois assez. S’il s’esttrouvé quelques grands hommes qui ont fait paraître quelques-unes de ses qualités dansles guerres des montagnes, comme un Scanderberg, un Zisca, un Castrocio même,je n’en trouve aucun qui l’ait égalé en tout. Cette sorte de guerre nous est si peu con-nue , depuis ces trois célébrés Modernes, dont les deux derniers ne Pont pas prati-quée longtems, qu’on feroit fort étonné si je me mettois en tête de faire voir que nousn’en sommes pas aux premiers principes, que les Anciens font nos Maîtres, & qu aleur égard nous sommes encore dans l’enfance. On croît avoir beaucoup fait lorfqu’cna pû déconcerter les deíleins de l'ennemi fans aller plus loin que la défensive, avec desforces avec lesquelles un Sertorius eût fait ce que bien das Généraux regarderaientaujourd’hui comme impmiquable. Voilà une forte de guerre, diront quelques-uns,que qui que fe soit j usqu’aujourdirai n’avoit cru si sça vante, si profonde & si épineuse.A votre avis les lumières naturelles, quelque grandes qu’ellespuifient être, ne suffi-ront jamais pour la bien remplir, quand même elles feraient aidées d’une longue ex-périence dans le métier, à moins qu’elles ne soient soutenues-dune théorie- peu com-mune, ou des conseils d’un ami sincère, qui aura étudié ce que son Général ignore.Qui en a jamais douté? La difficulté.est de trouver de ces sortes de gens dans les ar-mées, car ils sont rares; mais il est encore plus rare de trouver des Générauxqui veuillent bien fe donner la peine de les connoître, encore moins de les con-sulter. On ne trouve pas toujours des Paul Emile, des Sylla, des Scipion &des Turenne.