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Tome quatrieme.
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88 HISTOIRE DE P O L Y B E,

tres endroits à quelques autres passages jufqu’à la vallée de Lrajclas, & j entreprens le siè-ge de Fcnestrélcs;ne fuis-je pas c-n fureté? Non, un homme entendu, hardi & entre-prenant fe plantera entre cieux dans qùtl'que pas .difficile. Car enfin vous ne (çauriezles garder tous: marcherez-vous à ces gens-la pour les forcer? C’est une grande en-treprise : êres-vous assuré de réussir? La chose est fort incertaine où le nombre n’estd’aucune considération, 6t-cependant vos vivres font coupés, votre retraite interdite.Je ne me souviens point d’avoir lû aucun exemple dans l’Histoire qui puisse autoriser ceque je. viens de dire ici. Ne sc scroit-il jamai? trouvé des Généraux d’armées capablesde faire un tel coup? Je n’ai garde de croire qu’il ne s’en soit jamais trouvé à qui unesemblable entreprise soit venue à l’efprit, puifqu’elle n’est que hardie. Qui le croirait?Des païfans de la'vallée de Luzerne m'en fourniílènt un: je le tiens de bon lieu.

En 1691. le Marquis de Feuquiéres, l’homme de son tems le plus hardi, le plus en-treprenant & le plus capable de conduire une entreprise de grande importance, s’étantmis en tête de surprendre lesVaudois qui étoient à Luzerne, y pensa plus de deux fois:encore ce ne fut pas assez, comme on le verra. II partit de Lignerai à l’cntrée de lanuit à la tête de douze cens hommes de pied & de quatre cens dragons, tous gens choi-sis. II mesure si bien son tems, qu’il arriva aux portes de Luzerne h la pointe dujour; mais il eut la précaution de laisser soixante hommes à certain paíìàge importantpour fa retraite. Les Ileligionnaires surpris d’une aventure à laquelle ils ne se fuiìènt ja-mais attendus, vu l’apreté des chemins & un défilé de rochers tres-diffieiles qu’il fal-loit traverser pour venir à eux, n’eurent garde de tenir dans un poste tout ouvert, con-tre des gens résolus ôc qui rfétoient pas venus dans l’intendon de s’en retourner sensrien seire. Les Vaudois ne pensèrent pas non plus à fe défendre, ne trouvant pas lapartie égale. 11s prennent le parti d’abandonner le poste, & de gagner les montagnesjustement par où M. le Marquis de Feuquiéres devoir nécefiaírement sc retirer après lecoup fait. Fâché d’avoir manqué son coup, il mit le feu dans la ville, ik se retira parle même chemin d’où il étoit venu; mais il y trouva beaucoup de mécompte. II avoirfait garder le passage le plus important, fans prendre garde qu’il y avoir un chemin bor-dé par tout de précipices,& par tout important, & que l’ennemi en fe mettant deux outrois fur route se longueur fe trouve aussi bien logé, que si l’on n’en gardoit aucun. Cethabile Officier apprit là que tout ce qu’il avoir amené de troupes aurait à peine suffipour garder un paíìàge si long & si dangereux ; il y trouva les ennemis. II vit bienqu’il n’y avoir pas à délibérer, & qu’il falloir at,raquer ces gens-là & leur passer fur lecorps pour se retirer. II se met à la tête de ce qu’il avoir de meilleur, & va droit à cesgens-là faus tirer un seul coup, voiant bien qu’il n’avoit pas de meilleur parti à prendre.II trouva une résistance &: une obstination qui le tinrent, longtems en grande inquiétudedu succès, outre le désavantagé des lipux, qu’il avoir tout de son côté. 11 attaqua àdiverses reprises: ensin il s’ouvrit le passage, & sc retira bravement à Lignerai, maisnon pas sens perte ni sens gloire.

§. VI.

De la défense dans un pais de montagnes. Otiil efl aisé d'en disputer rentrée. Mé-thode de fe retrancher dans les pas & dans les vallées.

L Orfqu’on est dans le dessein de s’oppofer à la marche d’une armée dans un païs dehautes montagnes, qui forment de profondes vallées, des gorges étroites & despaíiàges bordés de précipices, où il faut néceíîàirement paílèr pour une expédition deconséquence, on doit bien moins considérer les forces de l’ennemi que l’avantagedes ■

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