LIVRE ITT. CHAT. XI. §§
lieux & les obstacles qu’on peut lui faire trouver dans fa marche. 11 est aisé de s’instrui-re de-fes desseins, & des vallées par où il faut qu’il paslè, soit pour les traverser pour■entrer-dans le pais, soit pour quelque entreprise dans les montagnes mêmes. Il faut sipeu de tems pour se mettre en état de désense dans ces sortes de pais, & si peu de■troupes pour faire têteaux plus grandes armées,que j’ai lieu de m’étonner que la dis-proportion puiíîe être de quelque considération dans un Général habile & éclairé. Laretraite est si aisée dans ces sortes d'endroits, qu’il est toujours mieux & plus hono-rable de tenter quelque chose que de ne rien faire.
On est toujours en état d’attendre que l’ennemi fe déclare, on prend ensuite le partile plus convenable au tems & aux lieux. Les mesures les plus prudentes pour n’être passurpris, sont d’examiner, tous les endroits des vallées par où il faut pénétrer, de s’yfortifier, de les faire garder jusqu’à ce que l’ermemi ait pris une route fixe & formée,qui ne nous'laifse aucun lieu de douter qu’il n’ait quelque passage en vùë. On prendalors son parti, on rassemble tout ce que l’on peut avoir de troupes répandues dans lesdifférens postes qu’on faisoit garder, & l’on fe met en corps d’armée: on choisit l’en-droit le plus favorable & le plus conforme aux forces que l’on a pour lui disputer le pas-sage. Mais loríqu’on s’engage dans ces sortes d’c-ntreprifes, il y a des précautions & desïRC-siires à prendre. Celle de toutes qui me paroi t la plus importante, est de s’informer deschemins ou des sentiers détournés & de traverse. 11 y a bien peu de montagnes,quel-que inaccessibles qu’elíes nous paroifient, qui n’en aient par où l’on peut palier & ga-gner le haut par les revers, quelque difficiles & dangereux qu’ils puiílènt être: où un■íèul homme peut monter, plusieurs y montent l’un après l’autre. II y a deux moienspour fe mettre en repos de ce côté-là : l’un de les faire garder, & peu de gens suffisentpour cela, ou de les faire rompre. S’il fe trouvoit plusieurs de ces sentiers de revers,il est toujours mieux d’y poster du monde, & d’ouvrir divers sentiers pour y commu-niquer en plus grand nombre. II est surprenant que ces précautions qui viennent asseznaturellement à l’efprit, ne soient pas toujours pratiquées. Elles ne le sont presque ja-mais, ce qui a souvent causé la perte de tout un pais & de plusieurs armées.
Les Historiens de l’antiquité nous fournissent un allez bon nombre de ces sortesd’exemples. Les Modernes en font encore moins chiches. J’en trouve beaucoup dansceux-ci qu’on prendroit pour la copie d’un grand nombre que Polybe rapporte; maisen voici un dont la-plupart de mes Lecteurs n’auroient nulle nouvelle, si je ne letranf-portois dans cette page. II est un peu long; mais si je le tronquois pour éviter prolixi- ■té, j’en ôterois des choses qui peuvent servir au Lecteur. Je le tire de Polyen. (a)Ce Grec écrivoic bien & très-poliment: la traduction, quoiqu’exacte-, n'approchepas de l’original.
„ Quand Alexandre eut vaincu Darius dans les plaines d’Arbelle, Phrasaorte pro-„ che parent de Darius,à la tête d’un corps considérable de Perses, gardoit le pas de„ 8use. Ce sont des montagnes escarpées, dont les entrées sont fort étroites. Les„ Barbares postés avantageusement dans ces lieux, repoussoient les Macédoniens, en„ les accablant de pierres à coups de fronde, & les perçant de traits. Alexandre fut-,, contraint de faire reculer ses troupes, & aiant pris du terrain à trente stades de là, il„ les mit à couvert derrière de bons retranchemens. Un oracle d’Apollon lui avoir„ promis qu’un étranger nommé Lycus feroit.son conducteur dans l’expédition contre„ les Perses, un bouvier, vêtu de peaux se présenta devant Alexandre, & lui dit qu’il
étoit Lycien. II ajouta que dans cette enceinte de montagnes il y avoit une route„ couverte par l’épaiílèur des bois, & qu’il étoit le seul qui en eût connoisiànce, pour
(«) Pollen. Stratag, liv . IV. (h. 3 .Time 1T. '
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