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Tome quatrieme.
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LIVRE III. CHAP. XII. 93

battre Vun contre Vautre k ces conditions, que le vainqueur emporte-roit pour prix de fa victoire les dépouilles qu’ils voioient, & que levaincu feroit délivré par la mort des maux qifij avoit k souffrir. Tousaiant élevé leur voix & demandé k combattre, il ordonna qu’on tirâtau fort, & que ceux fur qui le fort tomberoit entraslènt en lice. A cetordre, les jeunes prisonniers lèvent les mains au ciel, & conjurent lesDieux de les mettre au nombre des combattans. Quand le fort fe futdéclaré, autant que ceux qui dévoient fe battre eurent de joie, autantles autres furent consternés. Après le combat ceux des prisonniers quin’en avoient été que spectateurs, félicitoient tout autant le vaincu quele vainqueur ,parce qu’au moins la mort avoit mis fin aux peines qu’ilsétoient contraints de souffrir. Ce spectacle fit aufii la même imprellìoníùr la plupart des Carthaginois, qui comparant l’état du mort avec lesmaux de ceux qui reftoient portoient compaíìion à ceux-ci, & croioientVautre fort heureux.

Anmbat aiant par cet exemple mis son armée dans la disposition qùil la souhaitoit, il s’avança au milieu de Vassemblée, & dit qu’il leuravoit donné ce spectacle, afin qu’aiant vu dans ces infortunés prison-niers Vétat où ils étoient eux-mêmes réduits,ils jugeassent mieux de cequ’ils avoient k faire dans les conjonctures présentes: que la fortune leurpropofoit k.peu près un même combat (r?), k soutenir, & les mêmes

(aj Otte la fortune leur propofoit à peu près unmime combat. ]' Ceci est remarquable, & prou-ve manifestement quVinniba! o 6 roi c le mômespectacle à ses soldats que Cyrus à ceux de sonarmée dans Hérodote. Je remarque une infini-té de ruses & d’artiûces dans Annibal, qui avoientété pratiquées avant lui par de grands Capitaines.Qui do ùte que ce grand homme n'eût !û les His-toriens Grec?? L’artisice dont iì fe sert ici pouranimer ses soldats a bien faire-, est de leur mon-trer qu’ils n’ont point de bonheur, d’aife, debien être i espérer que de la victoire. Cyrus (a)en use a peu près de même dans Hérodote, An-nibal enchérit dessus,. Lvxempie mérite d'êtrerapporté.'

.Cyrus pensant à faire révolter les Perses con-tre la tyrannie d’Astiages, supposa une lettre com-mc venant de la part de ce Prince, par laquelle ill’établilToit pour Chef & Général de la nation, illes fit tous assembler en grand nombre. ,, Lors-„■ qu' i ! s furent devant Cyrus avec leurs faux &„ l’équipage qui leur avoit été prescrit, i! leur„ commanda d’applanir durant ce jour-là un lieu„ tout rempli d'épines & de buissons qui étoit„ dans la Perse, & qui contenôit environ trois„ mille pas. Cela aiant été fait comme il i’avoit„ ordonné , il commanda encore aux Pér-,, ses de fe trouver le lendemain au mémo en-droit après s’-être nettoiés & lavés. Cepen-(«) D.t Rper dons Hérodote , íiv. /.

„ dant il assembla tous les troupeaux defon pé-,, re, chèvres, moutons ct bœufs, les fit tuer &,, apprêter cn même tems, & fit apporter du vin,, ct d’autre viandes délicates , comme pour„ traiter l’armée des Perses. Le lendemain tous,, ces peuples s'étant assemblés., il leur íst coni-„ mandement de fe coucher fur les prés & de„ faire bonne chère; & quand ils eurent mangé„ à leur fantaisie, il leur demanda quelle condi-„ tion ils aimeroient mieux, ou la condition du„ Jour précédent,ou la condition présente. Ifs„ répondirent qu’il y avoit bien de la différence„ entre i’unect l’autre; que celle du jour précé-,, dent étoit remplie de peine ct de travail, ct„ que lá condition présente étoit accompagnée„• de toutes fortes ue biens & de douceurs. Alors„ Cy rus leur découvrit son dessein, ct leur parla,, de la sorte: Chers compagnons , dit-il, vos af-faires font en tel état, que fi vous me voukz obéir,vous jouirez de ces biens, d’une infinité d’au-tres, Jans appréhender les misères de la servitude.Mais jt vous ne voulez pas m’écouter , vous étésdestinés h souffrir des maux semblables à ceux quevous foufi'rites hier. Re.ndcz-vous donc libres parVoHiJJance que vous me rendrez. Car enfin je mepersuade que les Dieux m’ontfait naître pour vouscombler de tous ces liens, & je ne penje pas quevous Joiez inférieurs aux Médes, en ce qui concernela guerre U les autres choses. C’efi pourquoi fe -

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