iir . HISTOIRE DE P O L Y B E,
On ne s’apperçut du défaut des lances que lorsqu’on commença k reconnoître qnsPìnfanterie étoic la base & le soutien des armées, & en ce tems d’ignorance on n’enavoit que sort peu, encore sort mal armée & lans discipline ; toute la force d’une arméeétoit dans la cavalerie. On commença k ouvrir les yeux, & ce frit moins les grandesactions des Romains & des Grecs, que celles des Suiflès, qui en eurent la gloire.Ceux-ci ne combattoientqu’avcc leur infanterie, fans le soucier beaucoup de la cavale-rie, q u’il s attaquoient partout où ils la rcncontroient, fans qu’il fût poíîìole à celle-cide la rompre & d’en avoir raison. On reconnut alors futilité & la néceilìté d’une bonneinfanterie reglée, disciplinée & entretenue en tems de paix comme en tems de guerre,c’cit-h-dire qu’on prit ce parti lorlqu’on commença à devenir plus habile, & h mesurequ’on augmenta de connoissmces, on eut moins de cavalerie. Car la marque là plusévidente & la plus assurée de la décadence des armes dans un Etat, & que la barbarie &l’ignorance s’y introduisent, ess le grand nombre de cavalerie qu’il met en campagne.L’on voit par l’IMoire, combien les Romains avoient peu de cavalerie, lorsque leurdiscipline militaire étoit dans fa plus grande vigueur. Cela fe remarque encore chez lesGrecs & chez les Perses du tems de Cyrus, l'ous l’Empire d’Alcxandre le Grand, &un peu après. Cette discipline militaire tombée, on vit multiplier la cavalerie dans lesarmées Romaines, & l’iníanterie tomber peu à peu dans le mépris faute de discipline.La cavalerie augmenta h mesure qu’on négligea f infanterie, & que l’Empire appro-cha de la ruine & de sa décadence.
Dès que les Moscovites se font disciplinés,eux.,qui dans Pétât de barbarie faisoientconsister leurs principales forces dans ia cavalerie, on a vû moins de cdlc-ei, & leurinfanterie a augmenté & s’est rendue trè-redoutable. Les Polonois, qui les mépri-saient auparavant, n’ont plus osé branler, eux qui semblables aux anciens Sarmates,n’ent d’autrc-s forces à opposer à leurs ennemis que leur cavalerie: de sorte qu’ils sontaujourd’hui aussi peu en état d’attaquer que de fe défendre.
L’cr.emple des Moscovites n’a pas diminué le nombre de.la cavalerie des autres Prin-ces* de PEurope dans la guerre de 1701 ,qui n’a fait que trop connoìtre que la France& les autres Puiflànces liguées contre elle tomboient par défaut de discipline, ou pardéfaut de capacité dans les Généraux, ou pour n'avoir pas écouté les conseils des genséclairés, pnifqu’ils ont donné dans l’excès à l'égard de la cavalerie, aussi ruineuse àl’Etatque peu utile k la guerre: qu’a-t-elle fait; Je le demanderois volontiers;mais ilfaut finir cette digression, que je n’ai pù éviter, tant elle m’a paru importante.
Dès qu’on eut formé des corps d’infanterie reglée, la cavalerie fut un peu moinsconsidérée : on s’en moqua h la fin. Les cavaliers .éprouvèrent les firemiers coque c’estque d’avoir affaire k de bonne infanterie, & l’on peut dire que la bataille de Coutrasfut la cause qu’ils surent beaucoup méprisés, ce qui fit qu’on les bannit peu k peu desarmées. Le Roi de Navarre, qui redoutoit ces Messieurs-là, se servit d’une pratiquequ’il avoit apprise de PAmiral de Coligni,qui étoit d’inserer des pelotons d’infanteriede vingt mousquetaires chacun., fur cinq de front & quatre de rang entre les espacesdes escadrons de fa cavalerie, pour paílèr au moment du choc entre ceux des enne-mis, & les tirer en flanc. Ces braves fantassins firent merveille de tirer, & abattirentun grand nombre de gendarmes par terre.
C’eír dans Pécolede PAmiral de Coligni qu’Henri IV. se forma pour la guerre. C’étoicun grand Maître que cet Amiral , &-un des plus grands Capitaines & des plus honnê-tes hommes de son siécle ; mais ce n’est pas lui qui fit revivre cette méthode admirabledes pelotons inférés dans la cavalerie. Ce phénomène militaire, s’il m’est permis dem'exprimer ainsi, se sit voir k ìa bataille de Pavie en 1525. Quinze cens arquebusiersdes plus ingambes de Pinfunterie Espagnole, la plupart Basques, dressés de longue main
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