n4 HISTOIRE DE POLYBE,
S’il m’est permis de dire ce que je pense de cette pratique, je ne íçai s’il ne feroit pasfnieux de les former fur quatre rangs. Rien ne me semble plus dangereux que le flot-tement dans la cavalerie comme dans ^infanterie: on me demandera peut-être fl j'ai debonnes lettres de créance, & de bonnes cautions qui puisent autoriser mon sentimentdans une chose fi grave; je. répondrai qu’oui, & qu outre ces cautions respectables,j'ai encore la raison, les réglés de la guerre & des faits d’expérience fur lesquels on nedispute point, s’ils font en grand nombre. Je crois que cela suffit pour réduire mesCritiques a l’argument de M. Locke, c’est-à-dire à le fâcher,ou à ne fçavoir que ré-pondre , & la plupart en font logés là.
La preuve de la nécessité de donner plus de profondeur à nos escadrons que nous n’endonnons aujourd'hui, fe tire des Anciens, qui lont nos Maîtres. Ils eombuttoient parescadrons: les Grecs fur huit de file, & les Romains lur quatre. Les escadrons déceux-ci n’étoient gnéresde plus que de quarante maîtres. Ceux .des Grecs éroient toutan plus de quatre-vingt cavaliers. Í1 ne paroi t pas qu’ils aient jamais changé dans cetteméthode. Lorsque les Modernes font revenus dans leur bon sens, ils ont commencépar former de gros escadrons de trois à quatre cens chevaux au moins fur dix de pro-fondeur, comme je l’ai dit plus haut.‘'Peu à peu on diminua dans le nombre & dansla hauteur. Henri IV, le Prince Maurice, Alexandre Farnéfe , le Duc d'Albe, fcfixèrent à huit,& ensuite à six. Walstein les sit trop gros êc trop épais, & s’en trou-va mal à Lutzeh, & Tilly à Leipsik, Gustave n’en eut jamais que de petits, qu’ilrangea fur cinq rangs avec fes pelotons, & ne s’en repentit jamai-. M. de Turennerangea les siens fur quatre, & souvent fur cinq. Voilà des autorités fort graves, ceme semble; qui font ceux qui ont réduit les escadrons fur trois de profondeur?Sont-ce des gens respectables par leur fçavoir & par leurs actions"? Non fans doute;mais des hommes très-médiocres, que rien n’autorifoit que leurs emplois & la fauílëopinion de leur mérite. On s’égare toujours avec de tels guides, mais jamais avecde tels hommes que les Gustaves & les Turennes. Venons maintenant aux raisons.
L'attaque unie & ferrée, dit Montécuculi, est celle qui rompt l’ennemr. Cettemaxime est incontestable; mais cette union, si néceíîàire & si importante peur lechoc, dépend de l’avantage des armes offensives & défensives. Les armes offensivesfont de longues épées à fEfpagnole, fortes de pointe, étroites, de bonne & d’ex-cellente trempe, tranchantes, & qui ne plient point, avec de bonnes gardes. Lesnôtres, comme celles de nos voisins, ne font pas si avantageuses que les experts dansla cavalerie fe l’imaginent. Celles des Espagnols,comme je vieni de le dire, font lesplus parfaites, plus longues de près de cinq pouces;elles font menues, plus légéres,d’une meilleure trempe, & de moins grande exécution pour les coups de raille queles plus larges, & ne caflent jamais. Charles XII. Roi de Suéde en fit frire de tou-tes semblables, & tout auffi bonnes, & en arma sir cavalerie. Mes amis, difoit-il àfes cavaliers, joignez lennemi, ne tirez point, c’ert aux poltrons à le Lire, & frapeztoujours de pointe, vous en aurc-z bientôt raison. II parloit en Guerrier expérimenté.L’épée telle que je viens de la représenter, est la reine des armes de la cavalerie. Al’égard des pistolets, je les tiens nécessaires. Je ne pense pas ainsi des mousquetonsde nos cavaliers, & c’est ainsi que pensent les plus habiles Officiers de cavalerie. Lesentiment de ceux de l'infanterie ne peut pas être non plus rejette. S’il m’est permisde décider, après tant de gens sages ,1e mousqueton me paroi t une arme fort inutile ,à moins qu’on n’ait prétendu en armant nos cavaliers de la forte, leur faire mettrepied à terre dans une nécessité, & en tirer , à peu près le même fervic-e que nousfaisons de nos dragons dans les pais où la cavalerie ne fçauroit agir.
Si l'on a eu tout autre deíîèin que celui que je dis, comme íl est apparent, puisqu’eí-