LIVRE H r. C H A P. XIII. 715
]e ne met jamais pied à terre dans les occasions, qili ne se présentent que trop souverrr ;je dis moi que le mousqueton est non seulement peu propre à la cavalerie, mais mêmetrès-pernicieux,si l’on ne prétend s en servir qu’à cheval. Je ne sçaurois m empêcherd’admirer ici la force de l’opinion dans la plupart des Officiers de cavalerie, qui s’i-maginent que le cavalier ne íçauroit combattre qu’à cheval: comme si toute la force &le courage étoient hors de lui-même, & qu’il laissât l’un & l’autre fur la selle de soncheval lorsqu’il est pied à terre. Je voudrois bien leur demander s’ils mettent quelquedifférence entre un homme & un autre homme ? Un cavalier est un homme fur soncheval comme démonté : s’il est brave dessus, il ne l’est pas moins à terre : car soncheval ire mord ni ne rue dans le combat. Un dragon ne diffère du cavalier que denom. Donnez aujourd’hui un bonnet, un fusil & des bottines à ce cavalier,à la pre-mière occasion, ou le jour même,il combattra avec la même valeur & le même cou-rage que celui qui aura servi toute sa vie dans les dragons. Parlons sincèrement, lemousqueton nuit "beaucoup plus qu’il ne sert: car si l’on vient à ouvrir les yeux, $cqu’on se résolve enfin de le bannir de la cavalerie, on la réduira à joindre I’ennemi, &à ne se servir que de l’épée. Dans ce cas les armes défensives sont nécessaires, mais nonpas telles que celles que l'on a coutume de donner à la cavalerie. Pourquoi des cuirassésà l’épreuvequi coûtent infiniment, & qui accablent le cavalier de leur poids, puisqu’iln’y a rien de plus méprisable & de plus incertain que le feu de cavalerie contre ca-valerie ?
Les meilleures armes défensives qu’on puisse donner à la cavalerie, sont les cottes oujacques de mailles & en maniéré de veste ou chemisette, qui couvre les cuisses jusqu’augc-nouil, & des demies manches qui descendent jusqu’au coude, si l’on n’aime mieux' les armer de cuirasses ou demies cuirasses & de brassards, à la maniéré des Anciens, quidefcendoic-nt jusques vers le coude, composées de lames de fer ou d’acier, longues &fort minces, rangées avec un tel art & si proprement, que quelque mouvement qu’ilsfissent, ils n’en étoient pas incommodés. Cette chemisette militaire (a) conserves t tou-jours la même grâce, tant les jointures étoient bien faites. Cette forte d’armure,avecune calotte de fer fur la tête,coûteroit beaucoup moins que nos cuirasses à l’épreuve,qui sont si embarrassantes, qu’il ne faut pas s’étonner si les cavaliers les rejettent. Al’égard des gants, à la réserve de ce qui couvre la main, le reste doit être de peausouple, & le haut de peau de busse ou d élan qui aille jusqu’au coude. Le Roi deSuéde Charles XII. donna de ces sortes de gants à toute fa cavalerie, & ordonnaque les manches ne scroient point faites en paremens,mais en pagottes très-étroites.
Montécuculi,quiestleVégéce des Modernes, prétend que les armes défensives fontnécessaires à la cavalerie ; „ parce, dit-il, que l’attaque unie & serrée ”, (comme jel’ai cité plus haut,) „ est celle qui rompt l’ennemi ; & quand quelqu’un du pre-„ mier rang vient à tomber , il fait perdre toute la force du choc, jusques-là que„ ses chevaux, qui font derrière, s’épouvantent, & que toute la troupe se dé-„ concerte.
„ Tout l’avantage, (dit encore le même Auteur,) ,, consiste à former un corps„ solide, si ferme & si impénétrable, qu’en quelque endroit qu’il soit ou qu’il aille »
„ il y arrête l’ennemi, comme un bastion mobile, & se défende par lui-même;
„ mais on ne peut avoir cette fermeté saris la pique à pied & la cuirasse à cheval.
Suivant ce raisonnement , il s’c-nsuivroit que la cavalerie devroit combattre sur qua-rte ou cinq rangs, comme c’étoit i’usage du tems de Montécuculi, qui ne la met ce-
(0) explij- ìiv. III. p■ ^G■
P 2