LIVRE III. CHAP. XIIÍ. 117
îiemt, & le combattre à son avantage en marchant à lui avec des forces pïïis considé-rables; Je ne doute nullc-pient qu’Annibal ne fi.it averti que Scipion s’étoit mis en cam-pagne pour prendre langue, & reconnoitre de ses propres yeux ce que le Carthagi-nois avoit de forces à iui opposer. Celui-ci ne pouvoit manquer d’ètre instruit exac-tement’des desseins de son ennemi, par les secrètes liaisons qu’il avoit avec les Gau-lois Iníubriens, qui faisoient partie de la cavalerie Romaine.
Un Chef expérimenté ne quitte jamais son armée, s’il n’a en vûë un deílèin d’uneextrême importance. Scipion n'en avoit pas, & Annibal en avoit un très-grand d’allerau-devant de lui à la tête de toute fa cavalerie. II étoit assuré de le battre , autant parle nombre de ses troupes, que parce qu’il étoit au voisinage de son armée, dont ilpouvoit tirer des secours; au lieu que Scipion n’en pouvoit tirer aucun, pour êtretrop éloigné de la sienne.
Le Général Romain ne pouvoit ignorer, comme jè î’ai dît ailleurs, que toute ’aforce de farinée d’Annibal étoit dans fa cavalerie : il eût donc mieux fait de í'e forti-fier & de mêler la sienne d’un corps détaché de ses légions. II eut lieu de s’en repentir.Que cette faute serve de leçon aux Officiers Généraux qui vont il la guerre avec leurfeule cavalerie, par cette feule raison, que le païs est propre à cette sorte d’arme. IIest vrai qu’ils y mêlent quelques dragons; mais qu’est-ce que ces dragons? Montécu-culi nous rapprendra. C’est, dit- il, de l'intanterie, à qui l’on donne des chevauxpour aller plus vite. Le pour combattre uniquement à pied, en entrclaílènt cette armeavec Pautre. Ce n’eíbpoint cela aujourd’hui, les dragons sont plus cavaliers qu’ils nefont fantassins-, on n’en connoìt plus l’ufage. Parmi une infinité d’éxemples qui prou-vent manifeffementqu’on l’ignore absolument ,-la bataille de Malplaquet nous en offreun authentique, l’on pouvoit gagner la bataille par eux :car dix huit régi mens de dra-gons peuvent décider, & il n’en falloit pas tant pour nous assurer la victoire. On lesprit pour de la cavalerie, qui se trouva presque toute inutileles dragons surent dunombre des spectateurs;. ils furent oubliés en lì beau sujet d’agir, ce qui est à peineconcevable.
Si l’on se volt obligé de détacher un corps de cavalerie pour quelque raison que cesoit, on ne doit jamais le faire qu’il n’y ait au moins un tiers d’infanteric- ou de gré-nadiers, non détachés, mais des compagnies entières, ou des dragons,s’il c-st besoin .d’une marche extraordinaire & forcée ; mais lorsqu’il s’agit d’un grand corps de cava-lerie de cinq ou six mille chevaux, il faut toujours y mêler de l’infanterie, outre lesdragons, qu’on doit toujours considérer comme fantassins, & les faire combattre àpied.
II peut arriver que l'on rencontre Pennemi, quelquefois l’on marche à ce desiein :c’étoit peut-être celui d’Annibal. Selon toutes les apparences Scipion ne s’étoit pas at-tendu à un combat. II trouva Pennemi plus fort. II est difficile dans un païs de plai-nes, lorsque deux corps de cavalerie le rencontrent, que le foiblc puiílè éviter un en-gagement. II vaut beaucoup mieux s’y déterminer, lorsque la disproportion des forcessouffre quelque équilibre, que de penser à la retraite; c’eíl de tous les panis le plusdélicat & le plus dangereux. L’infanterie le peut, parce quelle est plus propre à fairefront de toutes parts, & à opposer une égale force par tout, malgré sa foibksiè, &plus facilement contre de la cavalerie que contre de l’infanterie. L’iíistoire ancienne& moderne est remplie de ces sortes d’exemples. Celle du Général Schoulembourg dansles plaines de Pologne, en estime bonne preuve. Le meilleur donc est d’aller au-devantde Pennemi. Tout dépend de Pexcellence de la disposition, & de se ranger de sorte,qu’on puisiè ôter à Pennemi Pavantage du nombre, & même celui d’une plus grandevaleur dans la cavalerie, s’il n’a que celle-là à opposer. Je dois supposer ici un cas se m-
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