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Tome quatrieme.
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LIVRE III, CHAP. XIII.. 125

Dans la guerre de 1701. en Italie, cinquante- chevaux Espagnols se trouvèrent enve-lopés par six ou sept cens de la cavalerie Impériale. L’Officier Espagnol ne vit pasd’autre moien d’échnper que dans une grande résolution. Assuré de la valeur de fa trou-pe & de la bonté de ses chevaux, il ordonne à ses cavaliers de serrer leurs rangs &leurs files, & fans perdre un moment parc comme un trait, s’élance fur l’enncmi l’épéeà la main, s’ouvre un paílàge, s'en va, & le laisse dans l’admiradon d’une teHe auda-ce. II eût été aussi aisé h ce brave Officier Espagnol, qui étoit un homme de soixan-te ans,de rentrer dans le cercle qu’il en étoit sorti,& d’en ressortir par la même ma-nœuvre, tant il est difficile de résister à l’impéruosité & à la violence du choc de cettecavalerie.

Les Espagnols ont une méthode dans les combats de cavalerie qui ne me paroît pastrop sûre, quoiqu’elle leur réussisse assez souvent: elle ne laide pourtant pas de faireconnoître la force & la vigueur de leur cavalerie, & son extrême avantage.- Avant qued’engager- un escadron, ils pouffent en avant une troupe de vingt ou trente maîtres desplus braves & des mieux montés soutenus du gros qui les fuit de près; cette troupes’abandonne fur l’ennemi l’épée à la main fans cirer un seul coup, & tâche de percer& de se faire jour au travers des escadrons ennemis, pendant que ceux qui suiventchargent en même teins, & profitent da désordre & de l-’étonnement que cette pre-mière charge a mis dans ceux qui sont attaqués.

Si la cavalerie Espagnole connoislbit sa force r il n'y a rien qui pût lui résister, àmoins que de combattre dans un endroit reffèrré en lignes redoublées ,& avec tant detroupes qu’on pût la cafièr & rompre la violence de son choc avant qu’elle pûtatteindre h la dernière.

Quant à rinsanterie , elle ne sçauroic jamais résister contre cette cavalerie, encoremoins depuis la suppression des piques. Cela est si vrai,que dans la guerre d’E(pagnede 1701. on a vû un Officier Espagnol à la tête de cent chevaux; renverser & passersur le ventre d’un gros bataillon de troupes Angloiles, qui ne sont certainement pas mé-prisables. II fit plus,tant il étoit hardi & résolu,il revint sur ses pas,& repasse encorefur le corps de cette infanterie, encore toute étonnée de l'audace & de la hardiessesurprenante de cet Officier dont j ai oublié le nom, mais non pas la gloire d’unefi belle action.

Les T ures, les Tartares, les Arabes, & les Maures eux^mêmes, c’est-à-dire, les peuplesdu Roiaume de Fez & de Maroc, n’ignorent pas moins leur force pour le regard de leurschevaux que les Espagnols; mais leurs sabres, bien que d’une trempe excellente, ne sontpas à beaucoup près si avantageux & d’une si terrible exé :udon dans le combat que l’épéeEspagnole,& même que les épées desAllemans. Aussi remarque-t-on que les sures ne sontbattus que par le seul désavantagé de leurs armes à leur cavalerie comme à leur infanterie,ils ne sçavent ce que c’est que baïonnette au bout du fusil : car depuis l’invention de cettearme, ils n’ont pû rien gagner contre les Chrétiens. S’ils ouvraient les yeux fur le dé-faut de leurs armes, qu’ils s’armaísent des nôtres, qu’iís connuflent la force <Sc la vi-gueur de leurs chevaux, & qu’ils combattissent sur une phalange parfaite & avec plusd’ordre qu’ils ne font, je fuis persuadé qu’on aurait de la peine à leur résister : lorsquetout devient égal dans Tordre Sedans le courage ,1e nombre fait beaucoup ,& remportela victoire. Ils pourraient former leur infanterie en phalange, comme je l’ai dit, furune très-grande profondeurcomme le propre de cette nation vive & agissante, estde joindre l’ennemi, en combattant en bon ordre fur une profondeur de vingt ou tren-te, ils nous ouvriraient fans peine par le poids de leur choc & de leur nombre.

Nous méprisons les Turcs, ils sont certainement peu à craindre par le seul désavan-tagé de leurs armes, &. non pas autrement. Montécuculi ne touche pas l’arcicle de leurs

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