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Tome quatrieme.
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LIVRE III. CHAP.' XV. i 33

OBSER VATIO NS

Sur la bataille de la Trèbìe entre les Romains & les 'Carthaginois.

§. I.

ïnconvitûem eTun commandement partagé. Cara&ére de Sempronìus , & f u] agiqu en fait Annibal. Ordre de bataille. Défaite des Romains.

"UL est rare que deux Généraux dont le commandement est alternatif, puistènt long»K tems s’accorder ensemble. Ce qu’il y a de bien surprenant , c’est qu’un excellentGénéral qui aura un franc stupide pour Collègue, trouvera souvent plus de chicanes,d’oppositions & de faux raisonnemens à combattre, & plus de gens qui se tourneront"contre lui, que s’il avoit en tête un homme qui lui fèroit comparable.en intelligence.Malgré tout ce que j’ai dit de la mauvaise conduite de Scipion après l’affaire du Tésin,il étoit infiniment àu-deffus de Sempronius,qui ne sçavoit que mépriser l'ennemi, sansrien voir ni rien connoìtre dans les moiens de le vaincre: bien que son'Collègue n’ou-bliât rien pour lui faire comprendre que le'tems ni les lieux ne perrtiettoient pas derien hazarder contre une armée infiniment'supérieure en cavalerie, & campée dans uneplaine rase & découverte, & très-propre pour la faire agir avec toute forte d’avanta-ge. 11 étoit d avis de traîner la guerre en longueur, & qu’en'tempo'risiinC cette arméefe ruineroit d’ellè-même faute de vivres. & de fourrages, dont elle commençoit àmanquer. Ce Capitaine, qíri faisoit plus dé cas d’opiner íelon les régies de la pru-dence, que de remporter la victoire par un coup dé hazard, ne put rien gagner fur'cet esprit opiniâtre, qui jetta les affaires dans le précipice. Scipion l’eûtfans doutelaiffé faire, s’il l’eût cru capable de commander une armée. Aristide se trouva dansun cas semblable, mais son Collègue étoit un tout autre homme que Sempronìus. A-ristide, qui regardoit le commandement partagé dans une armée comme un très-grandmal, dès qu’il vit qu’on l’avoit élu avec Miltiade pour commander alternativement,céda de bon cœur son droit-à son Collègue, dont il connoiíîòit le mérite & la va-leur, quoiqu’il fût tout plein de fun & de l’autre lui-même, & Miltiade gagna lacélébré bataille de Marathon.

Sida circonspection de Scipion fut préjudiciable h la République après l’àffaire duTésin, elle étoit salutaire & prudente sur la Trébie. Son sentiment dans cette con-joncture étoit appuié fur des maximes très-solides. II tt’est pas possible dc- s'imaginer"que Semprònius ne sentît pas tout le vrai & le solide'des raisons dé son Collègue,’qui s’opposa de toutes ses forces au deííèin qu’il avoit de courre les risques d’une”bataille rangée. Sempronìus nepouvoit s'empêcher de reconnóìtre , dît notre Auteur,que les avis de son Collègue étoient jufìes b sensés. Peut-être qu’il eût été plus avanta-geux pour Semprònius, qú’il n’en eût pas connu toute la force. La vérité qui sra-pe, & à laquelle on se refuse, nous laiflè souvent dans une fufpeqsion d’esprit, &une espèce de crainte de ne pas réussir qui est toujours dangereuse. „ Quand les hom- '-, mes ont balancé longtems à entreprendre quelque chose par la crainte de ne pas

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