i 3 + H I S T 0 I R E D E P O L Y B E,
„ réussir, dit un Auteur judicieux (aj & grand Politique , l'impression qui leur ref-„ te de cette crainte, sait pour Fordinaire qu'ils vont eníuite trop vite dans la condui-„ te de leurs entreprises. ” Cette maxime est très-íensée & très-vraie. Les raisonsde Scipion, qui étoit un homme íage, laissèrent Sempronius dans le Joute & dansl’incertitude : ce qui paroît aflèz par sa conduite.
.Lorsque la prévoiance.& les conseils ont précédé les dangers d’une entreprise, lapeur est vaincue; mais lorsque la peur & le doute, où l’on est du succès, ont devan-cé la pròvoiance, nous faisons tout . à la hâte & fans réflexion. C’est ce que fit Sem-pronius, qui se gouverna dans cette affaire comme fi le courage seul eût suffi pourremplir le devoir d’un Général.
Scipion ne pouvant rien gagner sur cet esprit opiniâtre & présomptueux, l’abandon-na à son mauvais génie. N’eût-il pas mieux fait, & plus prudemment, lorsqu’il levie inflexible dans fa résolution , de changer de batterie, & d’affecter de se rendre kson sentiment', ['encourager dans son dessein., & l’aider de ses conseils, dont il avoitle plus de besoin?
Quand une entreprise a été une sois résolue dans-un Conseil de guerre, il est d’uneextrême conséquence que les Officiers & les soldats mêmes ignorent le pour & le con-tre : car il y en a toujours un fort grand nombre qui comptent les avis t plutôt qu’ilsne les pèlent. Souvent dans les Conseils ce ne sont pas les plus sages qui sont écoutés& qui décident; mais ceux qui sont à la tête, à qui il est permis de faire & de dire toucce qu’il leur plaît: outre que l’on a toujours de Féloignement dans ces sortes d’aísem-blées pour tout ce qui tend à éviter ou à retarder le combat, de peur qu’on ne doutede leur courage. II importe donc que ceux qui ont été d’un sentiment contraire, pa-roiísent approuver ce qui s’y est déterminé, quelque mauvais qu’il puifle être., il fautqu’ils le maintiennent publiquement ; ce qui fait que le Général, ou celui qui en estFauteur, perd cette crainte que cause ordinairement le doute où l’on est de ne pas réussir.
Annibal ne craignoit rien tant sinon que les Romains ne traînaísent ks affaires enlongueur,& qu’ils ne fe toumaísent & ne le roulassent de camp en camp dans un paispeu favorable à fa cavalerie, qui étoit cc qu’il avoit de plus fort & de plus redoutabledans son armée, II comptoir moins sor son infanterie, dont la plus grande partie étoitcomposée de troupes Gauloises mal armées & fans aucune discipline; mais comme lefond en étoit bon, il eípéroit qu’étant .disciplinées & mêlées avec les .Asriquains 8cles Espagnols, il en tireroit les mêmes services.
Ce grand Capitaine voioit bien que le poste où il sc trouvoît, étoit tout ce qu’ilpouvoit choisir de meilleur & de plus avantageux pour faire agir se nombreuse cava-lerie & ses éléphans, assuré que la bataille fe donnant dans une plaine rase .& décou-verte, les Romains ne réfisteroient pas-un moment à cause de Fin égalité de leur ca-valerie, autant dans le nombre que dans la hardiesse & dans le courage: car quant kFinianten'e., les Romains étoient plus forts. S’il falloit s’en rapporter à Titc-Live,ils dévoient l’être de près d’un tiers. 11 y joint les Gaulois Cénonians, dont notreAuteur ne fait aucune mention. Quoiqu’il en soit, cette infanterie eût décidé, si leGcné-ral Romain eût observé une meilleure conduite dans la disposition de sa ca-valerie.
Je ne le blâme point d’avoir donné k la fortune, on sçait assez que les ménagemenscraintifs à l’ouverture d’une guerre tirent à des conséquences dangereuses, dont l’ennemipeut tirer avantage : mais ce n’est pas reculer que d’actendre du teins & de l’occasion,car en temporisent on ne gâte jamais rien dans les affaires contestées. Entre deux Géné-raux ou dans un Conseil de guerre. où il est libre à chacun de dire son avis, &. lorse
Mi m. du Çuni. de Rets.