L I V R E III. CHAP, XIIr.
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£aíïènt outre, & se retirent en bon ordre à Plac-entia, sans être poursuivis : le resteest envelopé & taillé en pièces.
On voie par cette action de l’insenterie Romaine ce que peut la peur fur le cœur del’homme. Car enfin ce n’est point ici la valeur qui agit & qui remuë ces gens-iù ;tnais la crainte qui se tourne en désespoir, quoique Polybe en dise, à qui fait qu'uncpartie de cette armée, (car il n’y avoit pas moins de dix mille hommes,) íè précipitedans un péril évident pour s’empêcher de tomber dans un moindre. Car il leur étoitplus facile de s’ouvrir une route du côté de leur camp, que d’attaquer de front l’in-fanterie Carthaginoise, fur laquelle ces dix mille hommes s’élancenten vrais désespérés.,au milieu de laquelle ils s’ouvrent un pasiàge,'la mettent en déroute, & se retirent enbon ordre k Placentia, sans qu’Annibal osât les poursuivre, tant il sut étonné d’une ftsubite déroute, quoiqu’il y eût une grande marche de là à Placentia. Annibal étoitperdu, si ce corps d’infancerie ne se fût pas cru lui-même perdu, & qu’il eût agi parune toute autre impulsion que celle de la peur: car il est certain que toute l’infanterieCarthaginoise eût été taillée en pièces, si ces gens-là euísent connu l'avantage qu’ilsvenoient de remporter. II semble qu’il eût dû les guérir de la peur : car s’ils euísentreplié fur ce qui restoit encore en entier, dès-lors la bataille & la guerre étoient finies,& Annibal perdu fans ressource, fans nulle espérance de retraite.,, La peur ne les ren-„ dit hardis, dit Montagne , que pour acheter une honteuse fuite au même prix quelle„ eût eu une glorieuse victoire. Je ne íçai guéres par quels redores la peur agît ert„ nous, dit le même Montagne , mais tant y a que c’est une extrême passion, & disent,, les Médecins qu’il n’en est aucune qui emporte plutôt notre jugement hors de fa
dûë assiette. De vrai j’ai vû beaucoup de gens devenir insensés de peur: & au plus„ rassis il est certain que pendant que son accès dure elle engendre de terribles éblouis-„ femens. Mais parmi les soldats mêmes, où elle devroit trouver moins de place,„ combien de fois elle a changé un troupeau de brebis en escadron de corselets? de„ roseaux de cannes en gendarmes & lanciers? nos amis en nos ennemis? & la croix„ blanche à la rouge? LorsqueM.de Bourbon prit Rome, un porte-Enscigne qui„ étoit à la garde du bourg Saint Pierre, sut saisi de tel effroi à la première alarme,„ que par le trou d’une ruine, il se jetta PEnseigne au poing hors la ville droit aux„ ennemis, pensent tirer vers le dedans de la ville: & à peine enfin volant la troupe„ de M. de Bourbon se ranger pour le soutenir, estimant que ce fût une sortie que„ ceux de la ville 6fient,il se reconnut, & tournant tête, rentra par ce même trou„ par lequel il étoit sorti plus de trois cens pas avant dans la campagne...... Pareille
„ rage poulie par fois une multitude : en i’une des rencontres de Germanicus contre„ les Allemans, deux grosses troupes prirent d’effroi deux routes opposites; l’une„ fuioit d’où Pautre partoit. Tantôt elle nous donne des ailes aux talons, comme„ aux deux premiers, tantôt elle nous cloue les pieds & les entrave , comme on lit„ de l’Empereur Théophile, lequel en une bataille qu’il perdit contre les Agarénes,„ devint si étonné & si transi, qu’il ne pouvoit prendre parti de s’enfuir: ” ade»pavor etiam auoálla formidat : „ jusques à ce que Manuel, l’tm des principaux Chefs„ de son armée, Paiant tirassé & secoué, comme pour Péveiller d’un profond som-„ me, lui dit: Si vous ne me suivez je vous tuerai. Car il vaut mieux que vous„ perdiez la vie, que si étant prisonnier vous veniez à perdre l’Empire. Lors expri-„ me-t-eile se dernière force, quand pour son service elle nous rejette à la vaillance„ qu’elle a soustraite à notre devoir & honneur.
I! eût été à souhaiter que la peur eût produit le même effet sur le cœur des vingt-huit bataillons & des douze escadrons dc dragons enfermés dans le village de Bicinheim,qu’elle fit fur les dix mille Romains qui se retirèrent à Placentia, Es eufient passé fur
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