Band 
Tome quatrieme.
Seite
144
JPEG-Download
 

ï44 HISTOIRE DE PO’LYB'E,

re lui les Comtes de Moret & de Rieux. Monfieur tenoit le corps de bataille li' n’y avoir point d’arriéregarde, mais seulement un corps cle réserve. îvL de Mont-„ morenci, comme Cires de l’avantgarde, donne le premier dans le chemin de Fem-„x bu Icade ; & aiant été attaqué par nos gens de cheval, il les repoussa vigoureuse-„ ment, & les défit en partie. Mais en poursuivant un peu trop chaudement là poin-„ te, il tomba avec l’avantgarde dans notre embuscade. On fit une si furieuse dé-„ charge, qu’il n’y eut jamais un plus grand carnage en fi peu de tems. Le Comte de„ Moret fut tué. Le Duc de Montmorenci lui-mème, après avoir soit tout ce qu’un„ grand Général pouvoir faire en cette rencontre, & forcé même quelques rangs des„ nôtres, est enfin abattu- fous son cheval. La nouvelle se répand à sheure même„ qu’il est tué. Monsieur jette ses armes par terre, dit qu’il ne s’y joue plus, & fait„ sonner la retraite.

On remarque dans cette action je ne sçai quoi qui ne fait pas beaucoup d’honneuraux Généraux de cette armée, qui restèrent fans rien faire après le malheur de M. deMontmorenci, qu’ils auroient pû sauver. On voit aíïèz que la tête leur tourna dèsque Faction fut engagée: car la plus grande partie,ou pour mieux dire les deux tiersdes troupes,, rt’avoient-point donné. Cette inaction Lt leur retraite précipitée est àpeine concevable. Je fuis tenté de croire que la plus grande partie des Chefs.étoientvendus.

Le vieux Gentilhomme âgé de soixante-dix ans, qúi promet la victoire au Maré-chal de Sehomberg, en lui proposant de drefièr une embuscade dans un endroit qu il luiindiqua, mérite detre loué, .& le Maréchal qui l’.écoute ne le mérite pas moins. Jeluis un peu surpris que la même rufe ne fe soit pas présentée à l'esprit des Généraux desdeux partis en 1709. à la bataille de Maiplaquet, vû-même que FHistoire est. pleine .d-’é-vénemens&.de stratagèmes tour pareils à celui.de Castelnaudari. Le terrain prêtoit ex-trêmement à ce stratagème, on ì’auroit cru fait exprès:: .& ce qu’il y a de singulier.,c’estque cet avantage se trouvoit aux ailes des deux armées opposées, cependant au-cun n’y pensa, quoique ce fut un coup de partie ,& capable de décider du tout h ce-lui qui le premier s’en aviserait. Je n’ai garde d’inférer de là que les Chefs des deuxcôtés manquafiènt de cet esprit rusé & capable de saifir l’occasion,qui est une des plusgrandes parties du Général d’armée, & fans laquelle or. ne peut palier dans l’eípritdesConnoiflèurs pour Général du premier ordre. Je n’ai garde .de penser ainsi de ceux dontje parle. Je suis convaincu par tant de belles actions, qu’ils connoisioient fort bien csqu’il falloir faire en pareille rencontre: mais dans ce cas-là ils eurent les yeux fermés,;-ils perdirent ce moment précieux, disons plutôt ce tems, car ils l’eurcnt depuis le com-mencement iusques vers la -siu.de Faction : tant il est véritable que les plus grands Ca-pitaines, s’oublient quelquefois, & tombent souvept dans des fautes impardonnables.Dieu le permet pour les humilier, & leur faire voir qu’ils font hommels tout commenous. Ces fortes de stratagèmes font aíïèz rares chez les Modernes. Annibal s’en estservi, detjx sois, fur la Trébie & à Gérunium.