LIVRE III. CHAP. XV.
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§. III.
Autres fautes du même Consul.
P Olybe ne dit qu’un mot en passant de Tordre de bataille du Consul Romain , il n’apas cru nécessaire d’entrer dans ce détail-là. II suivit la coutume Romaine dans uneconjoncture où il étoit besoin de fortifier beaucoup plus ses ailes, & où ilétoit le plusfoible, mais rarement les Romains changeoient dans leur façon de se ranger :car Tonpeut dire qu’à Tégard de leur tactique, la routine avoit un aussi grand pouvoir qu’elleen a dans la nôtre. Ils donnoient même peu à Tart, nu contraire des Grecs. Leurfaçon de sc ranger n’étoit bonne, que pnrce que leurs lignes aboient tour à tour au com-bat , se succédant les unes aux autres. L'excellence de leur discipline, & Tavantage deleurs armes, rendoient leur façon de combattre , qui ne diffère point de la notre, très-rcdoutnblc. 11s en venoient d’abord aux mains, ce que nous ne faisons pas, & danslesgrandsdangersleurslign.es s’cnohàssoient les unes dans les autres, & formoic-ntune maniéré de phalange pour un plus grand effort, te qui leur donnoit souvent la vic-toire; mais il leur étoit assez ordinaire de tout perdre lorlqu'ils étoient plus foibles encavalerie: ce qui n’arrivoit pas h leurs ennemis, qui supplément à la foiblesie de leurcavalerie par leurs armés à la légére, qu’ils introduilòient par pelotons entre les in--tervalles des escadrons.
Sempronius eût dû remarquer qu’Annìbal obscrvoit cette méthode; mais comme lesGénéraux médiocres ne s’écartent jamais de la coutume ordinaire, on ne devoir pas at-tendre qu’il imitât son ennemi, & qu'il fortifiât fa cavalerie par son infanterie. Lesmauvais Généraux sont semblables aux Médecins ignorans, qui tuëroient plutôt leursmalades que de sortir des régies ordinaires.
Le Consul comptoit beaucoup sur la valeur de son infanterie , il ne se trompoit pas.Mais que sert la valeur dans les troupes, fi leur Général eil malhabile & ignorant? Dela maniéré dont il s’y prit on eût ait qu’il prétendoit de vaincre par son infanterie, &qu’il comptoit fur la défaite dc- celle de son ennemi. C’eíl une imprudence. Surquoi fondé? L’avoit-il éprouvée?L’avoit-il battue, ou Tavoit-elle été? Car c’est là-dessus qu’un Général peut en quelque maniéré espérer du succès de son entreprise. Oril n’y avoit rien de ce côté-là qui pût lui donner la moindre assûrance de réussir.
A Tégard de la cavalerie Carthaginoise, il ne devoit pas ignorer qu’ellc étoit très-bon-ne, très-aguf rrie, & supérieure à la sienne de près de deux tiers. Ignoroit-il que Sci-pion en avoit été battu ?II devoit considérer que la sienne couroit le même risque. IIne pouvoit guéres en douter : car il ne prit aucune précaution pour s’en garantir, com-me je le dirai dans un moment.
j'avoué que la supériorité de cette arme sur la sienne ne devoit pourtant pas être uneraison qui dût Tempêcher de combattre, s’il le croioit nécessaire; mais cela ne l’empê-choit pas d’observer qu’on ne prend pas une résolution qu’on n’ait pris auparavant debonnes mesures pour Texécution, & ces mesures précautionnées se tirent du tems, deslieux, de la nature de ses forces, comme de celles de Tennemi. Encore une fois, leConsul ne devoit pas ignorer qu’Annibal étoit supérieur en cavalerie, & qu’il combat-toità son avantage, dans une rase campagne,& que la supériorité de cette arme saitbeaucoup dans un terrain, où les ailes de part & d’autrc- se trouvent en l’air, fans êtreappuiées nulle part.
Un Capitaine expérimenté peut suppléer à la soiblçssed’une arme par la force de Tau-tre, principe mille fois répété. Les Romains étoient plus forts en infanterie, rienTome- 1F.' T