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H ó HISTOIRE DE f O L Y B E,
n’empêchoit leur malhabile Général de soutenir sa cavalerie par son infanterie, d’y fairepasser non feulement les maires alternativement mêlés parmi les escadrons, mais encoreune partie de ses armés à la légére, qui lui devinrent inutiles. Annibal n’eut garde dcles laisser dans l’inaction. Je ne sai ce qu’il en seroit arrivé, fi le Consul eût pris le par-ti de faire soutenir sa cavalerie par son infanterie. On sait que ce n’étoit pas la coutu-me en ce tems-là d’entremêler les escadrons de l’infanterie légére,je m’en étonne. Cene fut qu’au siège de Capouë qu’ils observèrent cette méthode, c’est-à-dire, qu’ils su-rent les derniers de tous les peuples connus qui la mirent en pratique, après en avoiréprouvé l’avantage à leurs dépens & à leur honte. Car il n’y a rien de plus honteux quede négliger ce qui peut contribuer à la victoire, que les ennemis obtiennent par de telsmoiens. Sempronius n’en avoit pas déplus salutaire pour résister à Annibal, & celui-çi lui en fournissoit de leçons. Ce grand homme vit bien que le succès de cette jour-née consistoit à défaire promtement la cavalerie Romaine, à la dissiper entièrement, àmettre à ses trouííès une partie de la sienne,. & à tourner avec l’autre fur les ailes del’infanterie, qui lui parut redoutable contre la sienne, composée en partie des Gau-lois encore indisciplines & mal armés. II fit aussi un trait d’un Guerrier habile & éclai-ré: car comme l'on infanterie légére lui devenoit presque inutile après les escarmouchesordinaires, il la fit passer diligemment & promtement à fa cavalerie, & l’entremêla-par pelotons parmi ses escadrons.
Qu’on suive cette seconde guerre Punique en Italie jusqua la fin, on ne verra pas queles Romains aient jamais fait paroître tant de courage & d'obstînation que dans cette ba-laille. Leur cavalerie étoit si inférieure à celle des Carthaginois, si mal ordonnée, &si peu expérimentée, qu’il étoit diflìciIe,pour ne pas dire impossible, qu’elle pût résis-ter à celle d’Annibal,.soutenue par fes armés à la légére. Comment fe peut-il que qua-tre mille chevaux puiílènt résister contre dix mille, .& contre des troupes alaigres & re-posées, qui n’ont rien essuie du mauvais rems, & qui ont bien repu? Que pouvoientdes troupes mattées par la faim, & pénétrées d’un froid très-piquant, après avoir tra-versé une rivière aiant de l’eau jttsqu’à la poitrine ?
L’infanterie envelopée à fc-s ailes, abandonnée de fa cavalerie, prise en queue & atta-quée de front, se défendit avec un courage si déterminé, qu’on tut longtems fans la-voir de quel côté tourneroic la victoire.
II n’y a pas de plus fortes armes que la nécessité, soutenue d'un généreux déses-poir. On peut dire que cette bataille est presque le dernier soupir de la valeurRomaine dans la guerre d’Annibal en Italie. On nc voit rien au-dessus après cetteaction. .
Ceux de Cannes auroientpu fe sauver & se retirer par une semblable résolution;mais cette résolution dans des troupes fans expérience, dépend de l'habiieté des Chefs.Rien n’est plus honteux à des gens de cœur que de íè rendre prisonniers de guerre, tan-dis qu’ils ont les armes à la main, & qu’ils fe trouvent en asic-z grand nombre pour uncoup d’éclat, ou pour une retraite honorable après une bataille perdue, dans un temsoù le victorieux se trouve toujours dans cette c-spáce de désordre & cette négligence quisuit les grandes victoires. Rien n’étonne & ne surprend davantage le vainqueur, queces actions imprévûës & inopinées. Rarement manquent-c-lles de réussir, lorsque lestroupes ont confiance en leurs Officiers, & qu’eiles font bien conduites & bien menées.Ii y a tant d’exemples de ce que je dis, que je me dispenserai d’en rapporter; tuaiscomme les fautes font plus d’impreílìon fur notre esprit, & sont d’une plus grande in-struction que les belles actions, nous nous contenterons d’en citer un très-remarquable,qui n’est pas éloigné de notre tems (V).
(«) Ilìjl. dss Révolut. d'Angliierre, I. IX.