14.8 HISTOIRE D E P O ll Y B E,
tenter la fortune lorsqu’un Général, qui se rend justice, se trouve avoir en têts ur,ennemi plus habile que lui, & une armée plus aguerrie, plus audacieuse, & qui rstad’autre ressource ni d’autre espérance de salut.que dans la victoire: en unmotquin’,%comme celle d’Annibal, ni places, ni magasins, ni retraites assurées, & dont toutel’espérance duChef est dans ses seules troupes. Tout cela est h redouter. Je me sou-viens d’une maxime admirable de Végéce,- qui mérite devoir place ici. „ La meilleu-„ re disposition d’une armée, dit-il, n’est pas tant celle qui nous met en état de battre„ l’ennemi, que celle qui Tassante & le ruine à Ja longue ". C’étoit celle que Scipionproposent a son Collègue,aussi peu capable de la suivre,que d’opposer à son ennemiune disposition asiez profonde pour vaincre. II étoit trop ignorant & trop présomtueuxpour écouter les avis des gens sages. C’étoit dans cette occasion où la maxime de VégL-ce n’avoic qu’une face.
Ceux qui font chargés de soutenir une guerre contre un tel ennemi,, doivent use rde beaucoup de prudence & de précautions. La défensive est fans doute le meilleur &ie seul parti qu’ils doivent prendre, s’ils font capables de le suivre. 11 y a des régies& des principes certains & infaillibles- dans cette forte de guerre. La première choseà laquelle on doit penser, & la plus digne de notre attention, car le succès d’une cam-pagne en dépend absolument, est detablir une bonne ligne de communication & decorrespondance pour assurer ses derrières & (es convois fur tout le front de la frontière,& de choisir les endroits où les postes nous paroissent plus avantageux-. La pelle & lapioche font tout dans une défensive. On songe ensuite à assumer l’ennemi en sauvanttout ce qu’on peut dans les places sortes, & fur tout les fourrages, les vivres & lesbestiaux: on s’attache après cela à ruiner la campagne nu long & au large, & parti-culièrement les lieux où Tennemi a principalement dessein daller ; Ton occupe leschâteaux capables de résister contre un coup de main, & qu’on ne peut prendre quepar un siège dans les sonnes, avec ordre à celui qui commande de ne capituler qu’àTextrémité.
Les camps volans font d’une rcstource admirable dans-une défensive, lorfqu’on sçaitchoisir les polies & qu’on s’y retranche si avantageusement qu’on ne puisse y être for-cé: de là on inquiète Tennemi dans les fourrages & dans ses vivres, & l’on tâche delui enlever ses convois.
On doit chercher de se poster avantageusement, & de fortifier son camp de tellesorte, qu’on puisse être à Ta bri d’une attaque d’insultc;& si Ton s’appcrçoitque Ten-nemi cherche à nous enfermer,on change de polie, & Ton tâche de Tartirer, par desmouvemens bien concertés, dans quelque désilé, dans quelques endroits difficiles,où Ton puisiè le couper ou l’attaquc-r ave-c avantage, & où la cavalerie ne puisse ma-nœuvrer.
Si Tennemi décampe,le suivre, le cotoíer, le harceller sans cesse,fans entrer dansaucun engagement décisif, disputer certains pasiàges difficiles, lui céder ceux qui peu-vent le conduire dans un mauvais pas, Ty attirer par Tadrcsiè de vos mouvemens,diviser votre armée en plusieurs corps pour Tempêcher de s’étendre dans le païs, tomberquelquefois fur son avantgarde ou sur son arriéregarde, de nuit , de jour, à touteheure, lui.dresser des embuscades, armer les païíans,& les lâcher fur les fourrageurs;qnfin lui oter toutmoien de subsister. C’est en peu de mots ce qu’on appelle défensiveactive, & la conduite qu’on doit tenir loriqu’on a de tels hôtes dans son pals. 11 n’ya pas de meilleure méthode pour détruire une armée fans rien hazarder. C’est celle desgrands Capitaines.
C’est une choie étrange qu'il y ait si peu d’exempics de cette espèce de défensive.Je ne vois rien de plus aisé que de k.fuire, rien de plus difficile que de s’en défendre.