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Tome quatrieme.
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. LIVRE III. C H. A P. XVII. 149

Une petite armée peut fort aisément en détruire une plus grande , en fe partageant ,ense divisant en plusieurs petits corps, & fe réunislànt promcernent ensemble, lorsquel’occafion se présente de faire un bon coup. Les païs de montagnes, de bois & dedéfilés, font très-favorab'cs pour cette forte de guerre : une poignée de gens bien ré-solus & bien conduits en occupent un grand nombre. Mais je crois que tout païs estpropre h cette forte de guerre, lorfqu’on est assez habile pour la conduire.

, Sertorius,que je regarde comme un des plus grands Capitaines de Tantiquité, étoitun grand Maître dans cette maniéré de faire la guerre. Si Annibal eût eu un tel hom-me en tête, je ne fçai ce qu’il feroit devenu. Comment résister à un ennemi qui nouséchape? Lorfqu’on marche à lui, q u'on croit Je tenir, & qu’il semble que la partieest liée, qu’il s’est lui-même engagé dans un pas dangereux, il difparoît, & partage lafuite en différentes routes. Forme-t-on différens corps pour l’attaquer en différons en-droits , il fe réunit dans un instant ; il vous attaque ainsi divisés & séparés, & vousbat en détail.- Marche-t-on à lui en corps d’armée ? il se retire par une fuite simulée-.Le fuit-on? on tombe dans une embuscade. L’a-t-on éventée? on retombe dans uneautre, qui dev-ient double & triple. Quel courage, quelle fermeté, quelle habileté,quelle prévoiance, quel coup d’œil ne faut-il pas avoir pour faire la guerre de la forte !Voilà pourtant en deux mots les principes fur lesquels on doit agir contre ces armées 6cces Guerriers errans, dans un païs où ils n’ont aucune retraite assurée, qui ne íçaventque l’art de gagner des batailles, & qui fe voient hors d’état d’en profiter par k prisedes places fortes. Or Annibal fe voioit absolument dénué de tous moiens nécessairespour cette forte de guerre ; ce qui eût dû rendre les Romains supérieurs à un tel enne-mi, & les obliger à se tenir ser une défensive active,- la feule &. unique voie de leruiner à coup lûr & fans ressource. Rien ne les obligeoità mettre les affaires en risque :ils craignoient la valeur & l’expérience de ce grand Capitaine, & le Sénat ne croioit pasqu’on pût lui opposer un Antagoniste capable de lui résister. Ce n’étoit donc que parune défensive active qu’on pouvoit espérer de ruiner son armée, en lui opposant plu-sieurs corps d’armées dans ses marches & dans ses campemens. Par cette façon de guerreon le réduisent à l'extrémité en fort peu de teins, ce on l’atciroit dans des lieux diffi-ciles , où fa cavalerie n’eût pû combattre, ni le favoriser dans ses vivres.

Annibal cherchoit le combat, & il ne pouvoit fe sauver ni subsister qu’en donnantsans cesse k 1a fortune; & comme fa cavalerie étoit tout ce qu’ilavoit de meilleur, ilse voioit dans la nécessité de chercher les plaines. L'avantage des Romains étoit de leséviter. Sempronius ne comprit pas cela, un plus habile que lui s’en fût mis peu enpeine. II étoit infiniment plus fort en infanterie,& très-foibleen cavalerie:- une armepouvoit suppléer à la foibleíse de l’autre, comme je l’ai déja dit; mais les Romains,qu’on élevs si. haut à l'égard de la guerre , ignoraient en ce tems-là que cela fe pou-voit faire, ce qui est à peine concevable dans le tems que leurs ennemis le leur fai-foient voir par l’expérience de leurs défaites. Annibal commença à leur donner cetteleçon à la Trébie: ils ne la comprirent pas, & l’envie que ce Général témoigna decombattre eût dû les tenir en garde. Ils ne pouvoiont ignorer que leur cavalerie étoitnon feulement inférieure à celle d’Aunibal à l'égard du nombre, mais encore moinsbrave & moins aguerrie. Ces'deux raisons eussent dû les engagera éviter les plaines,-où l’ennemi campoic toujours, pour combattre à son avantage.

Le Prince d’Orange, Roi d’Angleterre, n’alla pas chercher les plaines pour com-battre le Maréchal de Luxembourg à Steinkerque. Udoutoit de la valeur de íà cavale-rie-, & espérait beaucoup de celle de son infanterie. II chercha à engager un combatdans un endroit où la cavalerie ne pût agir. S’il fut battu, il ne fit pas moins voir làprudence, son expérience & son bon sens. Son malheur ne lui ôte rien des louanges