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Tome quatrieme.
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LIVRÉ III. CHAP. XVL 155

sur la côte jusqu’à l’Ebre toutes les villes qui refusèrent de fe rendre,& traita avec Jieaucoup de douceur celles qui fe foumettoient de bongré. ' 11 prit garde qu’il ne leur fut fait aucun tort, il mit bonne garni-son dans les nouvelles conquêtes qu’il avoir faites ; puis pénétrant dans

che plus de h fin. Je ne sçai oìi Dion Casiìu» afait dire à César dans une de ses Harangues, quejamais les Romains n’amenoient à îa raison leursennemis, qu’en leur faisant ressentir dans leurpropre païs ce que la guerre s déplus redoutable,pour les guérir du désir 6c leur faire passer l’en viede venir chez eux. Sans doute que ce grandCapitaine avoit en vile la diversion de fa Répu-blique en Espagne, dont Annibal ne tint pasgrand compte, bien assuré, par les ordres qu’iiavoit donnés,que les armées Romaines y trou-veroientde la besogne taillée pour un longtems.11 pensa juste, & les Romains-reconnurent quede deux partis de diversion qu'ils avoient à pren-dre, ils avoient pris le p!us difficile & le plusmauvais pour obliger Annibal de sortir d’Italie.

J’ai dé j a dit ailleurs que si le Rhodien Mem-non avoit été cru de Darius, & qu’au lieu des’arrêter à défendre le Granique & de s’y faire bat-tre, les Perses n'aiant encore rien perdu de leurréputation -avant cette action, fussent passés enMacédoine,il est à présumer qu’Alexandre laissoit■Jà son expédition d’Afie, ét que toutes, ses pros-pérités s’en rdloient en fumée : car les Grecs fefussent infaíll iblement ligués avec les Perses. C c stDiodore qui m’apprend cela. Appien (a) ne m in-struit pas moins bien en matière de diversion,puifqu’il nous assùre que si Antiochus le Grandeût suivi le sage conseil d’Annibal, qui étoit d'at-tnquer les Romains dans Pltalie, fans s'amufcr àles aller-chercher dans la Grèce, où ils com-mençoientà s’établir, il les eût tiès-embarrassés,& trouvés sûrement beaucoup moins redouta-bles. II est certain que cette diversion auroitété le sujet de plusieurs grands événemens, 6ceût relevé les espérances & le courage des Grecs,des Carthaginois 6c des peuples déja soumis, quine chcrchoientque l’occasion de secouer le jougde leur domination, qui leur devenoit insup-portable.

Que font les Romains lorsque cet Annibal siredoutable entre dans l’Italie? 11s pen sent d’abordà une diversion, & s’il vous plaît en Espagne,où les Carthaginois étoient presque par tout lesmaîtres, & où ils avoient dc bonnes armées 6cun nombre de places sortes ; lorsque f Afrique esttoute ouverte, fans autre forteresse capable d’ar-réter un puissant effort que la ville de Carthage.N'étoit-'çe pas porter le coup dans !e cœur decette République? lis eussent dû se souvenir de iadiversion d’Agathocles, &ées progrès qu’i! y fit.Elle étoic 11 pioche d’eux, qu’ils y touchoisnt

(a) Jjîivu de bel. Sy. I. XVlî.

presque. Nous nous en souvenons & nous l'ad-mirons encore après un si grand espace de siécles,& nous y trouvons d’excelltntes leçons.

La diversion deRégulus pendant la premiéroguerre Punique, eût produit un plus grand effetque celle de ce Roi dcSyracuse,lì leSénattancrévéré & si sagen’eût fait paroîtreen cette occa-sion, comme en une infinité d’autres, que, la sa-gesse ne présidait pas toujours dans cette Assem-blée, 6c qu’elle s’en éloignoit fort souvent. Ré-gulus eût pris Carthage, dénuée de tout, rien nelui réfistoit, si on lui eût laissé assez de force*pour cette entreprise. L'armée que Scipion con-duisit en Espagne,étoit capable de faire de plusgrands progrès en Afrique, qu’à l’endroitoù elleétoit destinée. Indépendamment de celle-ci, lesRomains étant alors dans leur plus grande vi-gueur, ils pouvoient fans beaucoup cl’essort en-voler une autre armée en Afrique, & ceroit l-.i !aseul moien , le plus promt & le plus effectif d’o-bliger Annibal J’abandonner l’italíe. Qui douteque fa République ne l’eût aussi-tût rappellé? Jeferai voir à la fin de ce Volume la misérable con-duite 6c l’énorme sottise de» Romains dans cetteseconde guerre Punique. Et d-ns celle ci & dansla première, je ìrt’apperçois assez par un mûrexamen qu’ils ont fait !e moins lorsqu’iís pou-voient le plus, 6c les Carthaginois tout commeeux. 11s ont remporté de grandes victoires,quien doute ? En ont-ils sçù profiter ? Celled’Ecno-me pouvoit finir cette guerre, & décider de lafortune de Carthage. Qu’arrivn-t-il après une ac-tion fi décisive? Certe flotteprodigieusequi por-te plus de cent quarante mille hommes, voguedroit en Afrique, y descend, y prend dc bonnesplaces. 11 n’y avoit qu’i marcher droit à Cartila-ge. Point du tout, le Sénat rappelle cette bellaarmée navale, avec ordre à un des Consuls d’ylaisser son Collègue, quinze mille hommes 6cquatre cens chevaux. Etoit-ce là le moien d’o-bliger l'armée de Sicile de tout abandonner pourcourir au secours de Carthage? je pense quenon: aussi ne se remua-t-elle pas.

Peu de Princes font capables d'agir par des di-versions profondes & formées fur de'grandespensées, elles son t mème rarement écoutées. Lesgrandes entreprise» font plus ailées à imaginerqu’elles ne le font dans l’exécution. Cela est cer-tain , parce qu’il est rare de trouver des gens ca-pables de les conduire à leur fin : mais on en trou-ve toujours dans le Cabinet, où il n’y a point dadanger à courre,qui peuvent donner des lumiè-res pour un projet teglé. Rien de plus aisé, lors-uu’on est cn état de fournir ;o«t ce qui pcut-Cu s

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