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Tome quatrieme.
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i68 HISTOIRE DE POLYBE,

causent quelquefois la subversion des Etats, ou qui les précipitent dans des maux &des pertes, dont on ne peut se tirer que par des remédc-s extrêmes & des efforts, quinous affoiblifiênt, & qui avancent souvent notre -ruine, bien loin de la retarder: &cela arrive lorsque nous confions nos armées & toute la fortune de la nation à des Gé-néraux incapables de les commander & de tenir tête contre un plus habile, qui va àson but sans s’en écarter, & fans que l’autre puiffe rien connoître dans ses dcfléins.Le rôle le plus grand qu’on puiflé jouer fur le théâtre du monde, est fans doute ce-lui d’un Général d’armée. Rien de plus difficile que de le bien faire. L’on ne recon-noìt point de petites fautes dans ces personnages,elles font toutes grandes & capitales.La première fraie le chemin h une seconde , & la seconde à une troisième, qui nousaccable & nous fait tout perdre. Aller au-devant d’Annibal fur les marais de Clusium,& lui en empêcher la sortie, étoit un bon coup k faire: mais laiffer éehaper une lîbelle occasion, est une faute très-groísiére dans Flaminius. Celle-ci fraia le chemin kune seconde, & cette seconde à une troisième, qui mit le comble k la sottise, & ladéshonora fans, ressource. Tout est grand à la guerre, & les fautes & les belles actions;& quelque petites & peu importantes qu’elles soient., elles influent k de plus illustres,& les unes comme les autres portent leurs instructions avec elles. II faut avouer quele Général Romain porta bien haut le nouveau sublime dont le Père Rapin n’a pasfrit mention, & Annibal celui dont il parle.

Polybe ,qni a les yeux si ouverts, & qui ne laisse rien éehaper des choses qui peu-vent nous être de quelque instruction, ne s'attache qu’k quelques fautes du Consul,qui me paroiflént moins importantes qu’un grand nombre d’autres plus considérables ;niais comme les régies de iTIistoire ne permettent pas de réfléchir fur tout, il ne mé-rite aucun blâme. J’en ferois digne si je les négligeois dans un Ouvrage,dont le prin-cipal est dc les faire remarquer, pour l’instruction des gens de guerre.

Le poste d’Aretium étoit important, je l’avouc; mais il ne garantiffoit pas la Tyr-rhénie: garder un passage, & laiflér l’autre ouvert, c’est inviter l’onnemi k 1 ailler l’un&k prendre l’autre. Loriqu’on veut garder un païs on doit s'établir & s'affermir dansquelque poste qui soit comme un centre fixe., dit Montécuculi, & capable de soutenir tousles mouvemens qu'on fait ensuite 1 se rendre maître des grandes rivières & des passages ,former bien fa ligne de communication & de correspondance. Flaminius fe trouva-t-ildans ce centre fixe? Forma-t-il une ligne de communication & de correspondance?Non sans doute, puifqu’il ne pouvoit communiquer de son camp d’Aretium dans laTvrrhénie fans un grand détour: le marais de Clusium le féparoit de cette Province,& lui en ôtoit toute communication. On pouvoit dire qu’il formoit Tare lorsque l’en-nemi faisoit la corde, & gagnoit par 1k trois bonnes marches fur le Consul.

Si celui-ci fe fût porté fur le Panaro, il étoit en état de disputer cette riviè-re, fans rien perdre des avantages qu’il laissait derrière lui., au cas qu’il y eûtété forcé.

Si Annibal fe fût jetté dans les montagnes pour paflèr cette rivière vers fa source ,alors les Romains fe trouvoient dans leur avantage, & dans un païs favorable k leurinfanterie, plus forte & supérieure k celle des Carthaginois, dont la cavalerie deve-ncit inutile dans les défilés & les gorges de ces montagnes, où il étoit aisé aux Ro-mains de lui tendre des pièges, de retarder fa marche, de l’inquiétcr.dans lés vivres.& dans fes fourrages, & de renfermer dans ces détroits., d’où il ne fe fût peut-être jamais tiré.

Si l’imprudent Consul eût pris le parti que je viens de dire plutôt que l’autre, An-ni&al lé fût vu dans la triste nécessité de faire la guerre au gré de son ennemi, le cheminstc la Tyrrhénie lui étoit fermé; il n’avoit que celui d’Aretium, qui étoit le pire des

deux.