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Tome quatrieme.
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J7 ô HISTOIRE DE POLYBE,

tcolt bien informé qu’il avoir des ordres précis du Sénat de ne rien hazarder qu’aprèsla jonction de formée de son Collègue & celui-ci en- étoit trop éloigné pour avoir làxems de le joindre. Le rusé Carthaginois, qui savoit toutes ces nouvelles, força fa mar-che dans ces marais autant qu’il lui fut possible, espérant que s’il pouvoir devancer dequelques jours le corps que commandoit Servilius du côté d’Ariminuin , il engageraitson Collègue dans quelque combat désavantageux en lui tendant quelque piège, s’iine pouvoir Tembarquer dans une affaire genérale.

Notre Auteur entre en homme du métier dans le détail de cette marche, ce qui n’estpas fort ordinaire dans les Historiens-de l’antiquité, & encore moins dans les nôtres.Ce n’est rien dire que de nous apprendre que 1 armée marcha fur plusieurs Colonnes pouraller à l’ennemi, si les Lecteurs ne sont informés en même rems de la disposition & del’ordre des Colonnes: encore n’est-ce pas assez à l’IIistorien qui veut instruire les es-prits dans les matières qui sont de leur goût & de leur compétence. II doit encore nousmettre au fait des troupes qui ont eu la tête des Colonnes, comme celles qui ont étéplacées à la queue, ce que Polybe n’a pas négligé. Ces choses sont plus importantesqu’on ne pense,car c’est par ces circonstances qu’on juge du mérite & de la valeur destroupes, & de la confiance qu’un Général prend aux unes plutôt qu’aux autres, &fur tout lorfqu’il s’agit d’un grand deílèin. Le Père Rapin (a) rejette ces sortes dedescriptions ou détails comme inutiles & ennuieux, comme si l’Histoire n’étoit faiteque pour instruire un certain ordre d’hommes, & que les autres fussent comptés pourrien. Ce lavant Jésuite s’imagine que son goût & ses préceptes font les seuls qu’on doitsuivre pour bien écrire l'IIistoire, que tout doit rouler dans la sphère, & queles autres sont inhabitées.

Le devoir d’un Historien s’étend encore plus loin en matière de marches d armées. IIdoit nous en expliquer non feulement les motifs, mais encore les raisons qui engagentun Général d’armée à marcher d’une maniéré plutôt que d’une autre. Polybe n’a pas-fçû les véritables motifs qui engagèrent Annibal à faire marcher les Gaulois à la queuedes Carthaginois & des Espagnols, & la cavalerie derrière les premiers. Ses conjecturesme paroiílènt fausses, & n’offrent aucun caractère de raison ni d’équité. jamais le Car-thaginois ne soupçonna les Gaulois d’ìnfidélité,ni de lâcheté,ni d’envie de l’abandon-ner & de se retirer dans leur païs. iì ne les crut pas non plus incapables de. soutenir lesfatigues de cette marche. II ne les mit à la queue que parce qu’il avoit l’ennemi en tê-te, & que ses vieilles troupes étoient mieux armées & plus expérimentées. Polybe faitparaître ici fa passion plutôt que son jugement préoccupé contre les Gaulois. II cher-che les moiens de dire quelque chose à leur désavantagé , & c’est ici sans fondement. -Sur ce point Tite-Live ne lui cède pas.

Les Grecs ne les aimoient guéres,& les Romains les haïssaient. II ne faut pas s’é-tonnersi leurs Historiens sont si sobres dans les éloges qu’ils leur donnent dans les guer-res précédentes, & qu’ils se plaisent si fort î; les rabaiílèr & à leur ôter la gloire qu'ilsfe sont acquise dans celle-ci, où ils ont eu la plus grande part. On ne íauroit la leurrefuser sans injustice. C’est à leur valeur qu’Annibal est redevable de ses victoires. LesHistoriens ne parlenc.que dur courage & de l’exp.érience des vieilles troupes d’Annibal, &ne disent presque rien des Gaulois: ils les traitent même avec mépris. Cependant ceuxci étoient ce qu’il y avoit de plus considérable dans l’armée Carthaginoise. Ils furpas-foient les vieilles troupes en nombre à la bataille de ja Trébie,& à celle de Cannes ilsfaisoient plus des deux tiers. N’est-ce pas une chose étrange & bien injuste,que d’en-lever la gloire de tant de victoires aux Gaulois, de taire leurs belles actions, & de ne

(«) Rapin , RtJUx, sur l'Hijì. tom. II.