176 HISTOIRE DE POLYBE,
r.ir les railleries du soldat, soit par chagrin de voir le païs ravagé, nemanqueroit pas de sortir de ses retranchemens, d’accourir au secours,de le suivre par tout où il le conduiroit, de lè hâter de battre l’ennemi(<?) par lui-même, & avant que son Collègue pût partager arec luila gloire de l’entreprise: tous mouvemens dont il tireroit avantage pourattaquer le Consul.
On
Qa) Dcsehíter de battre V ennemi par lui-mime ,& avant que son Collègue pût partager avec lui lagloire de P entreprise.] Le malheur à quoi exposeune bataille rangée est toujours douteux; maisllmprudence est très-certaine & très-víflble, lors-qu’un Général ignorant ou peu habile s’embarquadans une affaire avec des forces disproportionnëesà-çelles de son ennemi, quand même il y auroitéquilibre à l’égard du nombre, sur tout s’il-sentque rhommequ'il a entête est redoutable autantpar l’audace & la valeur de ses troupes, que parson habileté & le souvenir des succès précédens.Si Flaminius, trop vain ct trop plein delui-me-me, étoit assez insensé pour mépriser un tel en-nemi, pouvoit-il l’être assez pour croire, aprèsFaction du 'félin & la honte de la Trébie, qu’An-nibal ne tiendroit pas un noment devant lui?IIne pouvoit pas ignorer que les événemens de laguerre font incertains, quelques soins & quel-ques mesures que l’on prenne pour bien arrangerses pièces ,& qu'on ne sauroit trop se précau-tionner & se fortifier pour s’assûrer la victoire.Sur ce principe,n’étoit il pas plus fùrd’attendrefarinée de son Collègue, qui s’avançoit àgrandesjournées pour le secourir? Après fa jonction, ilpouvoit tenter l’avanture avec de très-grandes es-pérances du succès. Cette faute est une des plusgrandes que puisse faire un Général d’nrmée: ra-rement un habile homme y tombe. Polybe ditque le Consul étoit un grand Orateur, mais mal-habile Général & fort étourdi. On le volt assezpar fe conduite, ct l’on ne peut s’empêcher dedire que celle du Sénat, qui faifoitnn tel choix,n’étoit pas meilleure. Cet homme étoit-il bieneja fa place ? Kst-;I bien postìbicqu’un Général telque celui-’à ne fasse pas une infinité de fautes ca-pables de perdre les meilleures armées ? II est rareque les Généraux malhabiles & présomptueux,carl’un ne va pas fans l’autre, ne (e rendent pas ridi-cules. Les fautes sont sérieuses pour Tétât; maiselles font rire les particuliers, lorsqu'ellc-s ne sontpas d’une nature à rendre le mal & les calamitésirréparables, f,a présomption, ia bonne opinionqu’on a de soi-méme.ôc le mépris qu'on fait desautres,ne laissent aucunes bornes aux plaisanteriesdes malins ct des railleurs. Flaminius se fit mo-quer de lui à la bataille de l’Adda, dont j’.ai parlédans îo Volume précédent. II bazarda peu con-tai un ennemi mal armé, & qui faisoit la guerreàs art & fans conduite: il remporta une grande
victoire. Ici il èn perd une, qui n’a guéres d’e-xemples, par son peu de prévenance, par son igno-rance & fa présomption. S’imaginoit-il que lesuccès de l’Adda, que les Officiers de son arméerabaissèrent furieusement à Rome, & le bruit deson nom sussisoient pour battre Annibal, sans qu’ílfût besoin du-secours que lui amènoitson Collè-gue? Ouï, il fut assez vain pont-se i’itnaginer. 11se hâte de vaincre par lui même, de peur que sonCollègue ne partage avec lui la gloire d’un fi granddessein .-entrer dans Rome dans un même char,ç'cût été beaucoup la diminuer. Quelle honte quela sienne! Mais volez, je vous prie, ce quec’estque la présomption, & jusqu’où este peut êtreportée. Notre Auteur nous en donnera des nou-velles. Les écoutera- t-on sérieusément ? Quoiquece Consul ne crût pas que sou éloquence fût fortnécessaire , assuré comme il étoit de vaincre, ilparoitqu’il harangua ses troupes. J lavait inspiréune fi grande confiance à la multitude, dit Polybe ,qu'il avoir moins de soldats que de gens qui le sui-vaient dans l'espérance du butin , £? qui portaientdes chaînes, des liens b autres uteneiks pareil-les.
Que dut on dire à Rome d’une si pitoiable con-duite? Car qui pourroit douter que Flaminiusn’eût promis au Sénat de revenir victorieux, &de traîner dans son triomphe Annibal & tous sessoldats enchaînés? II arriva tout au contraire; leschaînes qu'il ayoit préparées furent destinéespour les Romains eux-mêmes. Si cette disgrâcefut arrivée dans les Gaules, elle eût trouvé placedans les chansons & les vaudevilles ; mais onn’apprend pas que la guerre d'An ni bal en aitproduit aucune à Rome contre les sottises desGénéraux. Cette ville étoit trop occupée alorsde son malheur, & ies infortunes de ses Citoiensétoîe-nt trop accablantes.
On se souviendra de ia fameuse diversiond’Agathocles Roi de Syracuse. Les Carthaginoisnssiègeoient cette ville, où ii s’étoit enfermé. Sevolant sort pressé ct prêt à succomber, il prendune résolution digne d’un Guerrier brave & ré-solu. 11 laissedpns Ia place ce qti'ilfalloit detrou-pespourladéfendre, ct prenant le reste.avec lui,11 «'embarque, cingle droit en Afrique, y descend,brûle ses vaisseaux en vrai déterminé, qui met ses•’ soldats dans la nécessité de vaincre : croisnt toutperdu en Sicile, il s’avance jufqu’auprès de Car-thage commepourla morguer. Les Carthaginois
tíion-