LIVRE III. CHAP. XVII. 177
On doit convenir que toutes ces réflexions étoíent dignes d’un Général Résiejudicieux & expérimenté. C’est être ignorant & aveugle- dans Ja science<dg commander les armées, que de penser qu’un Général ait quelque deVchose de plus important k faire, que de s’étudier k connoître (*7)'les in- nibaiclinations & le caractère de son Antagoniste. Comme dans un combat fit *.singulier ou de rang contre rang, on ne peut se promettre la victoire, U
étonnés d’une telle rétorsion,lèvent unepuiíTan.te armée, qu’ils croient capable de l’engloutir ,du moins Hannon leur promettoit de faire lecoup. Moins imprudent & malhabile queFlami-nius, mais tout aussi présomptueux par t opinionde se? forces, il engage un combat généra! dansune pleine assistance de remporter une victoiresignalée. II la perdit pourtant, & si pleinement& si honteusement, qu’il ne s’est jamais rien vude semblable, ni de meurtre plus grand. Le prixales esclaves étoit tellement diminué à Carthage,qu’on les donnoit presque pour rien , sur l’assû-rance que llanrion donna aux Carthaginois deleur en amener en abondance. C’est de quoi jene doute point, puifqu’il s'étoit prémuni d’avan-cc de vingt mille chaînes. Açathocles les trou-va parmi le butin , & s’en servit fort utilement.pour enchaîner les misérables restes d'une dé-faite si prodigieuse.
Pareille avanturc arriva aux Rhodic-ns contre■Castius, un des assassins de César, dans une ba-taille fur mer. lis avoient espéré si certainementée !e vaincre, qu’ils avoient embarqué une infi-nité de chaînes pour attacher les Romains qu’ilsprend,oient. J„a bataille se donna, ils la perdi-rent, & ces liens ct ces chaînes furentemploiéscontre eux : i’bomme d 11 monde de la plus mau-vaise humeur-, un Héraclite pourroit-il s’empô-•cherde l ire en lisant ces choses, & de se moquer■des Carthaginois, des Rhodiens & de Flaminius ?
(a) Que de penser qu’un Général ait quelque■chose de plus important à faire, que de s’étu iier à■coríììoUre les inclinations é? k caraQére dsJim An -taponjle.~] Cette étude du génie & des inclina-tions du Général qui nous fait tête, est fans dou-te une des plus grandes qualités qu’on puisse dé-sirer dans un Cbefd'armée. Mais en trouve-t-onbeaucoup qui soient doués d’un talent si rare?Cette partie des armes peut aisément être réduitecn méthode dans un Traité particulier. Qui in’ss-sûreroit que l’envíe ne m’en prendra pas, se troin-peroit fort. Y a-t-il quelqu’un de nos Auteursdogmatiques, anciens & modernes,dans l’cspricduquel il soit jamais tombé que c’étoit là un su-jet á traiter, & une partie importante de !a scien-ce des armes ? Voici Polybe qui !a déterre, & quinousditqu’il n’y a rien à quoi un Généra! doive]e plus Rappliquer, ct nous donne Annibni pourun grand Maître dans cet art. Sans ptrrier ce«deux ou trois Grecs, Fabius Maximus qui joue-ra un si beau rôle dans cet ouvrage, Scipion, Cí-
Tvme IV.
far, Sertorius, M. deTurenne, & MontécucuKmoins pénétrant & moins habile, mais le seul di-gne d’Otre opposé à un tel Antagoniste. Le! élo-ge pour ce Général de i’Empereur: car c’esl êtretrès-grand que d’être compté parmi les Générantimmédiatement après M. de Turennc. Comptez,je vous prie, combien il y en a? NVsl-on passurpris qu’il s’en trouve si peu? Aussi c’est iegrand & le sublime d’un Guerrier. Je veuxqu’Annibal aitemploié ce grand & ce sublime dol’art contre lesGénéraux Romains : mais certaine-ment il n’a pas eu besoin de l’emploier tout pourles précipiter dans ses pièges. 11 n’avoit garde demanquer son coup contre des Capitaines d’unoconduite st pitoiable, sans précautions, fans pré-venance , & d’une présomption qui leur saifoicmépriser un ennemi digne des éloges de toute laterre en ce tems-là, comme il l’est encore au-jourd'hui, fans qu’il ait été possible à ses ennemis& à ses envieux d’en ternir la gloire. 1! ne fuissepasd'en publier du mal , il faut le prouver d’unemaniéré incontestable par ses actions ct par I’.au-torité des Auteurs contemporains,pour deman-der d’être cru. Les Auteurs qui l’ont calomnién’ont écrit que longtems après ia seconde guerreTunique. Polybe les dément en tout.ee qui estbien indigne pour des Romains. Les Générauxquellomeoppofa à ce Guerrier célébré ,,étoior.t,, des hommes de courage, dit Saint-Evremont,,, qui eussent cru faire tort à leur République,,, s’ils n’avoient donné la bataille aussi-;ôt que,, les ennemis se préscntoier.t. Annibal se si t„ une étude particulière d’en connoître legé-,, nie, ct n’observoit rien tarit que i’humeur &„ la conduite de chaque Consul qui lui étoit„ opposé. Ce fut en irritant Thumeur fougueu-,, se de Sempronius qn'i! sçut l’attirer au com-,, bat, ct gagner sur lui la bataille de la Tiébie.„ La défaite de Thrasyméne est dûë à uti arti-,, íice quasi touc pareil”.
Cette conduite profonde d’Annibal à l’égnrdde*■GénérauxRomainsnepouvoirétreapperçùëd’au-cun Flistorien Lat'n ilsetoient trop iguorans deschoses de la guerre en ce tems-Ià pour la déviner.II n’appartientqu’âdes génies militaires ct péné-trans de découvrir une chose si cach.ée. Po'-yboest petît-être le premier Auteur qui Ta publiée &connue, & c’est de lui-que Tite-l.ivect tantd'au-tres l’ont certainement prise. Je fuis trò--persua-dé que si cette admirable conduite un éthai é àmon Auteur, tous lçs Historiens qui font venus
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