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Tome quatrieme.
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$2 HISTOIRE DE POLYBE,

profiter de la victoire dont cette mort fut l’occa-sion : Car quand on en eût des nouvelles dansTannée du Pape, qui étoit déja toute assemblée àPerouse, elle conçût tout aufïï-tôt Tespérancede pouvoir défaire entièrement les Florentins.Etant donc sortie en campagne, elle campa sur lelac qui n'étoit qu’à trois milles de ses ennemis.D'autre côté Jacques Guichardin , Commissairede Tannée consultant avecRobertde Rimini, quidepuis la mort du Comte Charles étoit le Chef leplus considérable,ils reconnurent bien ce qui ren-doit les ennemis si fiers, & ils résolurent de lesattendre : de sorte qu’étant venus aux mains au-près du lac ( a ) où Annibal remporta autrefois• cette fameuse victoire sur les Romains, les trou-pes de T Eglise Romaine furent aujsi battues . Bel-le comparaison en vérité.

La joie de cette victoire ne fut pas de longuedurée á Florence, la peur du Saint Père cessa bienvite, & chacun des partis reconnut que tout est

(o) Aujourd’hui Lago di Perngia-

incertain à 1 a guerre, & que ceux qui triomphentaujourd’hui peuvent être renversés demain. Lesvictorieux aiant pillé le païs des Siennois, & faitun butin considérable, cela fit naître des différensentre les Marquis de Ferrare, & de Mantoue pourle partage du butin : cela fut poussé extrêmement,de forte que le Marquis de Ferrare se retira avecses troupes; malgré le départ des Ferrarois lesFlorentins étoient encore supérieurs à leurs en-nemis , & campés dans un poste très-avantageux.Le Duc de Calabrc informé qu’il n’y avoit pasbeaucoup d’union dans cette armée, prit la réso-lution de l’aller attaquer, & Inexécution la suivit.Les Florentins avertis qu’on marche à eux jansattendre la vûë de l'ennemi , dit TAuteur, la Jeuleodeur de la poudre leur fit prendre la fuite, U «•bandnnner ieurs munitions , leurs chariots , leurartillerie; tant les armées de ‘ce tenu - là étoientremplies de lâcheté & de désordre; car qu’un che-val tournât, notez ceci, par hazard la tête oula croupe , cela .déciduit du gain ou de la perte itu-■ne bataille.

OBSERVATIONSSur la bataille de Thrasyméne.

§- ï.

Ruse d'Annibal dans cette grande tiSiion.

Y Oici la plus fameuse embuscade d’armée dont on ait peut-être jamais ouï parler.

Nous en connoiíìbns grand nombre dans les Historiens anciens & modernes ; mais.je doute qu’il y en ait une qui puistè être mise en parallèle avec celle-ci. Un homme quientreprendroit de disculper le Général Romain de cette foule de sottises, où il tombeà chaque pas qu’il fait jusqu’à celle de Thrasyméne, qui y met le comble, n’auroitpas peu à faire. Elles font en effet si lourdes & st grossières, que cela ri’est pas conce-vable; mais ce qui doit sembler bien surprenant, -c’estde voir les Généraux Romainsse succéder les uns aux autres par des bévûës toutes semblables, comme s’il se fût passédes siécles entiers d’une bataille à l’autre. Annibal se sert toujours des mêmes stratagè-mes , & les Romains y parodient toujours plus nouveaux. Sempronius ne se fit battresur la Trébie que par sa présomption, soc impatience & sa hardiesiè inconsidérée, &pour avoir négligé de reconnoître les endroits couverts aux environs du champ de ba-taille, ou l’ennemi avoit caché un bon nombre de troupes qui tomba fur íês derrières,& décida de la victoire, encore douteuse & chancellance,

Flaminius, qui lui succéda, paroît avec les mêmes défauts. íl tombe imprudemmentdans une embuscade générale, où son armée fut taillée en pièces, où il périt misérable-ment, ôt où il nous fait voir par fa défaite tout-à-fait honteuse, & contre l’opinioade Polybe, qu’Annibal ne fut pas toujours redevable de fès victoires à la valeur & augrand nombre de íà cavalerie ; mais à son adreflè & à son habileté. En effet il ne vain-