LIVRE llí. C II A P. XVII.
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s. II.
One le fautes de Tlanûnius font énormes. Ou il y a certains pièges , ou les Généraux^ tombent , qui les déshonorent , b dont on ne fauroit parler sérieusement dans lescompagnies. Conjectures de T Auteur fur Pordre de marche de l'armée Romaine. Quele Consul étoit en état de se bien défendre & de réparer sa mauvaise conduite , s'ìleût été aussi promt à remédier à un grand mas qtiil parut s être à s'y précipiter>
I L faut que,pour l’instruction de mon Lecteur,je rapporte ici les sautes du ConsulRomain, je ne 1c blâme pas absolument da voir voulu mettre les affaires au hazardavant l'arrivée du secours. II voioit une grande volonté dans ses soldats, & un violentdésir de combattre augmenté par tout cc qu’iis voioient de cruel, d’affreux & de fu-neste dans la maniéré dont Annibal se comportoit dans cette guerre. Rien n’est pluscapable d’excirer notre courage & de nous porter h la vengeance que les incendies, quisont suivis du massacre dc-s peuples; mais il faut aussi que la prudence,les mesures &les précautions soient la régie de nos desseins ; & lorlqu’on a fait ce qui dépend de cestrois choses,& qu’on est battu, on plaint notre infortune. Quand la victoire se refu-se à la vertu prudente & courageuse, on nous croît feulement malheureux, & dansc; cas le vaincu n’est guc-res moins louable que le victorieux.
On volt tout le contraire de ces qualités dans Flaminius. Hors la bonne volonté deses troupes, sa conduite est pitoiable à tous égards. Son manque de prévoiance, sonopiniâtreté à soutenir un mauvais sentiment, !e mauvais ordre de fa marche, sont quel-que chose de surprenant. II y a certaines conduites à la guerre, certains principes, quifont de la compétance de tout le monde, & dont le sens commun est Tunique régie.Les mesures, les précautions sc présentent naturellement. Qu’un homme entre dans unbois, ou plusieurs ensemble, qu’ils se trouvent dans un pafïàge dangereux, où l’oncraint les voleurs ou les bêtes feroces, ils pensent à ce qu’ils vont faire avant que d’yentrer; ils se précautionnent, marchent unis & serrés pour n’être pas surpris. Les bêtescn usent de même pour se garantir de celles qui leur sont ennemies, & marchent entroupes pour se défendre de leurs ruses, quelquefois plus fines & plus profondes, íìj ose avancer ce terme, que celles dont les hommes se servent les uns contre les autres ;ce qui doit faire voir qu’un Général qui se laisse surprendre avec toute son armée dansun piège aussi grossier que celui où ie Consul tomba, mérite d’être moqué de tout lemonde. Un grand corps de troupes ou une armée entière est aisée k découvrir, horsles embuscades, qui ne peuvent s’cxcuser lorsqu’on y donne. II y a une infinité depièges que l’on couvre avec tant d’art ,que les plus habiles les éventent mal aisément:ceux-ci ont quelque apparence d’cxcuse; mais h l’égard des grandes embuscades ou.l’ontombe, un homme de guerre ne doit point être écouté dans ce qu’il dit pour se justifier,puisque les fautes faites contre les régies des précautions ne peuvent se pardonner ni/excuser au tribunal des gens du métier, & ceux qui recourent k un tel azile ne sa-vent pas qu’on se moque d’cux.
Un Officier ou un Chef d’armée, qui tombe dans une embuscade pleine & entière,fournit un fond inépuisable de chansons, de plaisanteries & de bons mots,qui ne fi-nissent plus, & qui nous jettetìt dans un très-grand ridicule. Je ne vois rien de pluschagrinant & de moins supportable h un Général qui a le malheur de tomber dans cesfortes de pièges, où il n’y a que des sots ou de francs étourdis qui puissent donner. LesRomains, plus qu’aucune autre nation, ont éprouvé plusieurs avantures encore plus
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