1; $8 ii í s t oir, e de polybe,
mortifiantes que la honte de Thrafyméne. Celle des fourches Caudines. leur tenoittoujours au cœur. 11s ne soutenoient pas moins impatiemment qu’on les en fit sou-venir, que ceux d’Amiens souffrent qu’on leur demande le prix des noix, & ceux duvillage de Toboib en Espagne , qu’on leur parle de Dom Quichote & de Sancho Pan-sa son Ecuier. Je ne répondrais pas des épaules 6c. du dos de ceux- qui leur enparleraient.
Les surprises des villes, comme les embuscades où l'on tombe particulièrement cel-les d’armées, font des pièges si grossiers & lì surannés, que je fuis surpris de voir tantde dupes dans l’Hiltoire, & même des Généraux de la première volée qui y donnenttout de leur long, quoiqu’ils soient de tous les stratagèmes les plus ailes à rendre inuti-les 6c de nul effet, fans qu’il soit besoin de grand artifice pour les éventer ; ce qui faitqu’on ne saurait parler fans rire de ceux qui y. font tombés,ni ceux-ci entendre le motd'embufcade fans fe fâcher, & bien fort. Les fourches Caudines, dont je viens deparler, écoient d’autant plus honteuses aux Romains, que bon nombre de leurs Gé-néraux en différens tems fe rendirent célébrés par de semblables disgrâces.
L’embufcade de Thrafyméne ne céda en rien aux fourches Caudines. Le mot déCannes ne fonnoit pas moins désagréablement à leurs oreilles, on ne favoitquel détourprendre pour leur en parler, tant ce terme leur déplaifoir. II n’y a guéres dé nations,de villes, de villages,& de maisons mêmes,qui n’aient des époques fâcheuses 6c cha-grinantes à peu.près de même force. Elles ne peuvent souffrir, je ne dis pas qu’ón leuren parle, mais qu’on lâche aucune parole qui ait 1c- moindre rapport a la sottise où ellesfont tombées, & qui en reveilie le souvenir. Un Général qui a donné dans quelqueembuscade à la tête de fón armée,ou qui s’est laissé surprendre, souffre beaucoup lorf-qu’il échape à quelqu’un de prononcer devant lui le mot d t surprise ou à'embuscade:Je fuis persuadé que le mot de Dénain ne sonne pas trop bien aux oreilles des Itollan-dois 6c de leurs Alliés contre la France.. Les. maisons & les particuliers ont quelque-fois des époques désagréables, comme de parler de corde en des endroits où quelqu’un -de la compagnie a quelque pendu dans fa famille, ou de parler de cocu où il y a desgens mariés. II y en a peu qui ne croient l’être du moins imaginairement, s fil s ne lefont en chair 6c en os. Cette digression de mon sujet ne déplaira peut-être pas dansun Ouvrage tel que celui-ci: cela délaílè lorfqu’on fait retraite un peu promtement,6c qu’on revient d’où l’on est parti.
II y a des Généraux d’armées qui fe trouvent bridés 6c liés de telle forte par les or-dres de laCour,qu’ils ne peuvent agir ni fe mouvoir de leur place qu’autant qu’il plaîtà l’Oracle de prononcer; 6c cet Oracle, qui n'est pas furies lieux, & le plus souventà cent lieues 6c au delìi, de leurs mouvemens 6c des projets des entreprises, fans riensavoir de ceux de l’ennemi, ne peut guéres que fe tromper. II faut deviner, & c’estun miracle, hors la présence des objets,.sfil rencontre juste. Encore une fois,la dis-tance des lieux retarde 6c nuit souvent aux affaires, lorsque la Cour veut qu un Générald’armée ne faste 6c n’exécute rien fans fes ordres; les résolutions ne venant souventqu'après les occasions perdues. Tacite le dit si bien : ex disìantìbus terrarum fpaiìlscmfûia po(ì r es affèrebantur. Le mal est grand, mais je le tiens moindre que ia politi-que des Hollandois,qui fourrent'toujours dans les armées des furveilllans, fous le titrede Députés des Etats, ou plutôt des espèces de Dictateurs, dont les décisions fontabsolues, 6c le Général compté pour rien, 6c cependant ces Meilleurs sont des gensfans expérience, qui ne connoissent 6c ne voient rien* quoique fur les lieux, 6c fontmieux instruits de ce qui fe passe à lìatavia ou en Amérique que dans Tannée où ilssont; ce qui est pis que ce qui.émane du Conseil d’un Prince,où il y a toujours dèsgens du. métier, qui peuvent donner des avis supportables fans être bons : de sorte que