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Tome quatrieme.
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L IVRE III. CliAP. XVII. ' 1S9

le pauvre Général se trouve à la tête de son armée comme un automate. Toutes iesfois que je pense à cette admirable façon de donner le branle aux armées, d’amenerles événemens favorables, & d’écarter les mauvaises rencontres d’un ennemi actif,vigilant & qui cache son jeu, je ne puis m'empêcher d’cn être surpris.

A Rome le Sénat en usoic ainsi, & s'en trouva mal. Un Chef de guerre doit êtreabsolu Ii la tête de son armée, sans dépendre des volontés & des caprices, qui ne dé-cident que fur une carte de ce qu’on peut faire pour attaquer ou pour se défendre.La guerre ne suit pas toujours là route qu’on s’est propolëe dans le Cabinet. Les heu-res, les momens, les instans font précieux, irréparables 6 on les néglige. Les occa-sions, les événemens ne naissent pas toujours des mesures prises d’avance: un rienqu’on n’a pas prévu, une fausse démarche de l’ennemi change tout, & produit de cesoccasions qui font notre ruine, si on les néglige, & notre iàlut ou notre gloire si orrles embrasse. ■

Lés résolutions, les exécutions demandent de la diligence, & c’c-st tout perdre qued’attendre que les ordres soient arrivés,puisqu’il ne saut qu’un inllant pour tout chan-ger. Quel malheur à un Général qui volt fa ruine ast tirée pour n'avoir pû profiter desoccasions favorables, & d’en avoir fourni à son ennemi pour sa perte & celle de l’Etat?Flaminius sc trouva réduit dans cet état chagrinant de- ne pouvoir rien entreprendre sensTordre du Sénat. C’est í'é défier de l'habileté d’un Générai, c’c-ít le mépriser que delui tailler sa besogne, sens qu’il lui soit permis de rien faire au-delà. Flaminius souf-frit impatiemment son inaction au camp d’Árerium, pendant qu’Annibal psísoit les ma-rais. Demeurer fur la défensive dans une íi belle occasion d’agir & d’aller attendre l’cil-nemi à la sortie, c’étoit visiblement perdre le plus grand avantage du monde de finir laguerre : faute qu’il faut imputer au Sénat & à se politique tremblante & trop circonspec-te, plutôt qu’à Flaminius. II fût allé sens doute au-devant de Tennemi, & l’eût dé-fait ; l’occasion perdue, il falloir rester dans Ion camp & attendre la jonction de farinéede son Collègue. II voulut agir lorfqu’il n’étoit plus tems, & la défensive étoit alorsuécesiaire. Cette faute mit la République fur le penchant de sa ruine, & l’eût ruinéeen effet, lì le Général de Carth.ge en eût connu h grandeur: car après avoir fraie léchemin à la victoire la plus décisive dont l’IIistoire seíse mention, il fait le moinslorf-qu’il peut le plus. II n'avoir plus qu’un pas à faire pour terrasser la puistànce Romaine.Quel est donc ce pas?Marcher droit à Scrvilius,quivenoitau secours de son Collègueà grandes journées. A quoi pensoit-il? list-ce le même homme qui volt de si loin?On ne le croirait pas:tst-ce un objet pour un aussi grand Capitaine que d’aller au-de-vant d’un détachement de quatre mille hommes que le Consul envoioit au secours de sonCollègue?L’on doit être choqué qu’il n’ait pas marché en gros & sens perdre de tems: •car cette armée une fois défaite, tout eût fait joug, ou presque tout ce que les Romainsavoient de vieilles troupes & d’Officiers capables d'agúerrir &’ de discipliner les nou-velles eût péri par deux victoires si prè-s-à-pràs Tune dê l’autre.

J’avouc que Rome étoit une pépinière de soldats, une école de guerre, un vrai arse-nal, une ville militaire; mais ií ne suffit pas qu’un peuple loir brave, il faut du temspour le dresser & le discipliner, & cela ne se fait pas en un jour contre un ennemi vic-torieux , habile & entreprenant que nòus avons à nos portes. Les seules idées du senscommun conduiíbient Annibalàtmesi belle entreprise, car Servilius n’étoit pas loin dudétachement qui accourait au secours de son Collègue ; pourquoi négligc-t-il de mar-cher à lui?Etoit-ce faute d’attention & de prévenance ? On aurait de la peine à le croi-re d’un Guerrier & d’un Capitaine tel que lui, s’il n’étoit tombé dans une faute encu>eplus grossière après la journée de Cannes. Mais en voici une seconde qu’on ne sçauroit -paier. La gloire- de Thrasyméne le me-ttoit en état de tout entreprendre, & Tannée ds

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