102 HISTOIRE DE P O L Y B E,
de nos jours n’ont fait aucune mention. Revenons à notre sujet, d’où cette digressionm’a tiré.
On me demandera peut-être quel étoit donc le parti que l’Officiçr, qui battit ceuxqui gardoient la sortie du défilé, & où il prit porte, eût dû prendre? Le voici: dèsqu’il fut maître d’un porte fi important, il devoit y laífll-r des troupes pour le garder,& tourner fur l’aìle gauche des Carthaginois par le bas & le haut de la montagne : en peude tems la chance tournoit, & l’ennemi te fût vû attaqué en flanc & par tés derrières.Le combat étoit engagé en bas, la montagneuse trouvant alors dégarnie,Tannée d’An-nibal te fût vue entre deux à fa gauche ; les Romains euflènt repris cœur ,& le proprepiège d’Annibal réjailliífoit contre lui-même. Qu’on faste bien attention à mon raison-nement, car ii me semble qu’on en peut tirer des instruélions merveilleuses pour cessortes dc- cas. La faute de celui qui commandoit la-tête de la'Colonne va jutqu’àlabêtise, & sent son homme qui n’a ni courage, ni expérience, ni jugement: car en-core une fois,au lieu de profiter d’une si belle occasion,il resta fans rien faire & dansune inaction honteuse au poste qu’il occupoit, ignorant que les deux armées en étoientaux prises à deux pas de lui, & qu’il pouvoir par son courage & fa conduite sauverfarinée & h tirer de ce mauvais pas. Annibal íçut profiter d’une faute si grossière. IIne s'embarrassé pas si les Romains étoient maîtres du partage,-il étoit trop habile pourne pas traiter la chose de bagatelle ,• il ri’avoit que faire de ce passage pour aller à Romes’ii étoit vaincu, ni d’aucun autre pour rétrograder: car fa retraite étoit une vraie chi-mère au milieu de tant de peuples ennemis, ou qui le deviennent au moment qifon estmalheureux. 11 falloir périr les armes à la main en gens de cœnr, & jufqu’au dernier,si la bataille étoit une fois perdue : a a lieu que la victoire lui ouvrait le défilé fans 1 at-taquer, orle chemin de Rome fans contestation, si l’cnvie lui prenoit d’y marcher;mais l’envie ne lui prit que lorfqu’il y eut de la honte h la satisfaire. II la but touteentière, lorfqu’il eut apperçu en y arrivant que l’entreprifc- étoit impossible.
Notre Auteur ne nous instruit pas assez de la marche de l'armée Romaine,pour nousfaire bien comprendre la cause d’un événement si funeste & d'une défaite si prodigieu-se: car on ne peut l'attribuer à la lâcheté des soldats Romains, mais uniquement ài'im-.prudence & à la misérable conduite du Général dans l'ordre de ía marche, où l’on voieassez qu’il manqua dans les précautions. II est fort vraisemblable que le Consul prati-qua la méthode ordinaire qù’on observe dans les marches qui fe font dans les plaines;au lieu que celles qui fe font dans un pais reflerré entre des montagnes doivent êtretoutes différentes des autres. Ce qui me surprend le plus., c’eít que les Auteurs mili-taires, anciens & modernes, ne nous dilent pas un mot de ces fortes de marches; ceqni me donne Heu de croire que nous en ignorons les.principes & la méthode, & quetout ce que nous -pratiquons aujourd’hui est une pure routine.
Je vois dans la marche du Consul une foule d’ignorances qui font k peine conceva-bles. Si la montagne qui bordoit le chemin entre elle & le lac, étoit pratiquable dansfa pente,comme elle l’étoiten effet,puifqu’Annibal fonditd’en haut fur les Romains,rien n’empêchoit le malhabile Consul de faire marcher une'Colonne de son infante-rie par le sommet ou par la pente, une partie cotoiant l’autre qui marchoit en bas.Cela est dans les régies, & cette conduite eût éventé 1 embuscade; mais il n’enfit rien.
S’il faut bazarder mes conjectures, je crois que Flaminius marcha dans ce détroit,'les cohortes à la queuë les unes des antres avec les espaces ordinaires entre elles, la cava-lerie à la queuë dans le même ordre; au lieu qu’il eût dû marcher ferré & condensé fansintervalles entre les corps: car lorsque les Romains n’étoient pas loin de l'ennemi,Le«ue leur marche-fe faifoit fur plusieurs Colonnes, ils faisaient marcher ensemble les légions