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Tome quatrieme.
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LIVRE III. CHAP. XVII. 7-z

€c le bagage h la queue surautant de files que le païsle permettoit, escorté par quelquescohortes ou par une où deux légions qui faiíòient Tarriéregarde. Us marchoient ainsilorsqu’ils avoient l’ennemien tête. La cavalerie étoit disposée suivant la nature du pais& Tordre sur lequel l’on vouloir combattre. Le bagage suivoit quelquefois à h queuedes légions, lorsqu’on n’avoit rien à craindre de sennemì. Je croirois presque que Flami-nius marcha dans cet ordre, ce qui fut la cause de son malheur: car par-là les corps se trou-vant séparés par les équipages, ils ne pouvoíent s’entre-secourir ou se joindre ensemble.Ajoutez que les cohortes étant séparées les unes des autres par les espaces ordinaires, lesCarthaginois répandus par corps se jettérent entre les espaces vuides,& les prirent enliane , pendant que les autres les chargeoient de front. Ce qu’il y a de pis, c’est qu’il nefit pas garder l’entrée du défilé après que route son armée s’y fut engagée. Belle leçonpour les Généraux , qui leur apprend qu’on doit toujours garder l’entrée, & y laiflèrun corps de troupes de l’arriéregarde jusqu’à ce que Tannée soit passée.

Tout ce que Flaminius avoir à faire dans un état si pressent, dès qu’il s’apperçuequ’il étoit tombé dans une embuscade anfíì surprenante que celle-là, c’étoit de prendreson parti sans délibérer,& fur le champ faire passer une parole,& ordonner desserrerles intervalles des cohortes, courir à l’arriéregarde, envoler les ordres par tout, faireavancer des troupes pour remplir les vuides que les cohortes pouvoient laiflèr en se res-serrant, & en doublant & triplant leurs files; ce qui eût formé une masse d’infanrerieimpénétrable à toutes sortes d’essorts: tâcher d’avancer & de serrer la hauteur en gagnantdu terrain , la monter pour avoir de quoi former une seconde ligne, & laisser les équi-pages derrière soi. L'imprudent & le malhabile Général ne fit rien de tout cela, quoi-qu’il le pût faire: il resta immobile de corps & d’eíprit fans donner aucun ordre, &fans fçavoir aucunes nouvelles de ce qui se passoit à la tête de son armée. J’avouë queles accidens auxquels on ne s'attend pas, étonnent les plus grands courages ; mais cetétonnement ne va jamais, ou fort rarement, jusqu’à la stupidité. Toutes les fautesà la guerre sont sérieuses, toutes sont grandes: car il n’y en a pas de petites; mais detoutes je n’eri vois point de plus lourdes ni de plus grossières que celles qui nous sontdonner dans une embuscade d’armée. J’avouë que je ne comprens pas comment unhomme de guerre peut mordre à un tel hameçon. Quelqu’un m’alléguera peut-êtreles exemples de quelques grands hommes qui s’y sont trouvés pris comme les autres,je n'ai garde de le nier. Ils ne sont pas infaillibles, ils s’oubiient quelquefois. Leursfautes, quoique grandes, sont ou réparées, ou du moins voit-on que les remèdesqu’ils y ont appliqués se sentent de leur habileté & de leur courage; ils ont fait hu-mainement tout ce qu’on pouvoit attendre de Tun & de I’autre fans perdre le juge-ment. D’aille-urs leurs fautes ne justifient pas celles des autres; & fi ces hommes cé-lébrés ont marqué en tout autant d’ignorance que notre Consul, ils sont dignestì’une honte éternelle, & d’être moqués tout comme lui.

J’ai mille fois observé nos marches dans tous les pais où nous avons porté la guerre.Celles du Maréchal de Luxembourg sont celles qui m’ont paru les plus belles & lesplus profondes. Voltier, Commissure d’artillerie,en a fait (a) un ramas, qui est unouvrage digne d’être entre les mains des gens de guerre. Je servois en Flandre dans cetems-là. Depuis la mort de ce grand homme, j’en ai remarqué de trcs-pitoiables. Celam’a fait souvent penser à la maxime : Si soft (bavait cc que fait soft , l'ofì battroìt Yofl.Mais combien dc-fois cet ofl pourroit-il battre Tautre ? Autant qu’il lui en prendroit en-vie, pourvû qu’il prit l’occasion de l'attaquer dans fa marche. U n’y a pourtant rien-de plus rare que ces sortes d’actions. De toutes les entreprises de la guerre, je n’en fçai

(>i) M»uv. b Camp. dts armées tn Ficmdre par Voltier.

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Tome IF.\