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Tome quatrieme.
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LIVRE III. CHAP. XVII.

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8. IV,

Eloge d'Annibal. 7 m conduite de ce grand Capitaine dans fa façon de faire la guer-re, est irréprochable. Indignités des Auteurs Latins dans les portraits qu'Us ontfaits de cet habile Général; qu ils lui attribuent des vices & des défauts qu'on peutrétorquer avec plus de justice fur les Romains , •

I L n’y a guéres que des aveugles qui ne puiíìènt voir clairement dans tours la condui-te d’Annibal dans fa marche au travers des marais de Clusiun ,qui fut le lujet de lafameuse embuscade de Thrasyméne,qu’il n'oublia rien de ce que la guerre peut fournird’amorces & de ruses pour mettre Flaminius en nécessité d’abandonncr la défensive, &cela par un art surprenant & par des mesures que les gens du métier ne fçauroient tropadmirer. J1 commença par irriter l’eíprit bouillant & colère, & d’enflàmer la bile cíuConsul,dont il connoiíîoit parfaitement le caractère, en mettant en ulage tout ce quela guerre a de plus violent & de plus funeste. II entre dans le pais l’épée & le flambeauà la main: le Consul volt de son camp d’Aretium ces cruautés & ces incendies,ce quimit le comble à son ressentiment; mais comme il.attendoit l'armée qui é-toit à Arimi-num, qui accouroit en hâte a son secours,& qu’on lui sit comprendre qu’une démar-che irréguliére le perdroit infailliblement,il se modéra pour le coup,& ne branla pasde son camp. Cette inaction, & la jonction des forces de Servilius, inquiétoientAnnibal,qui lento! t bien que la partie ne seroit pas égale après cette jonction. II sçuemettre h bout sa patience , & le tirer de son poste par les mouvemens faux& trompeursdont j'ai parlé dans le Paragraphe précédent, & le jetta par cette ruse dans un labyrinthede doutes, de défiances & d’incertitudes fur les desseins que l’on avoit contre lui, &fans pouvoir connoitre quel étoit le véritable, il n’y a pas lieu d’en être surpris. Inex-périence la plus consommée se trouve souvent à bout dans une façon de guerre si peuconnue; les plus grands hommes, qui ne l’ont pas éprouvée ni pratiquée, ont de lapeine à s’c-n bien démêler: à plus forte raison un Général médiocre.

Le pénétrant & délié Carthaginois roule Flaminius plusieurs jours par ces mouve-mens , & fait mine ensuite de tirer du côté de Rome, & de se jetter sur cette voie :c’est ici que l’imprudent Consul sut véritablement pris pour dupe, & ce fut là le sujetde son décanipement & de son malheur.' Ce projet d’Annibal est tout ce qu’on peut •imaginer de plussçavant & de plus rasiné,& fondé fur des mesures si sages & si i lires,que qui que ce soit ne le pénétra & n'en connut les ressorts qu’après le succès. Je croisqu’il y a des Capitaines dans le monde qui sont capables d’exécuter de grandes choses :nous en avons vû de nos jours qui nous ont donné des marques de la grandeur de leurgénie pour la guerre en certaines entreprises très-difficiles, & dont ils l'e sont tirés avecun brillant qui les comble de gloire; mais dans ce que fait ici Annibal pour amener unévénement tout-à-fait extraordinaire, je n’en vois aucun qui soit arrivé à ce degré deconnoissance. Ce grand homme, un des plus beaux ornemens de l’antiquité, & doncla gloire, les belles actions & les grandes qualités n'éprouveront jamais l’injure des teins,n’a pourtant pas été exemt des morsures d’un très-grand nombre d’Auteurs Latins.Chacun sçait les calomnies qui ont été versées à pleines mains fur la réputation, com-me fi ces Historiens s’étoient étudiés à enchérir les uns fur les autres." II n’est pas né-cessaire d’en donner la raison, & d’expliquer gravement & sérieusement la cause de leur 'haine contre ce Guerrier célébré : car pour peu qu’on soit instruit de l’Histoire de la 'seconde Punique, on la devine aílèz. On ne peut se retracer i’idée de rhumiíiatioa