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Tome quatrieme.
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200 HISTOIRE DE POLY B E,

des Romains par tant de défaites honteuses qu’Annibíil leur fit éprouver; on ne .le peut,fans rire, tant leurs Généraux étoient malhabiles & mal conseillés. Faut-il s’étonner,après cela-,du déchaînement,de la mauvaise humeur & du fiel répandu dans les Ecritsde ces Auteurs contre ce grand Capitaine?Parlons sincèrement, cYrt satisfaire bien in-dignement & bien bassement cc-tte haine qu’on a contre un ennemi, qui ne fait quevenger les injures de fa patrie, que de le faire par des calomnies & des reproches in-justes & malhonnêtes, qui fe détruisent visiblement par les .aétions qu’ils rapportenteux-mêmes. Tout ce qu’ils en ont dit en vers & en prose n'en ternira jamais l’éclat,& les couvrira d’une honte éternelle.

Tisse récrient, particulièrement Tite-Live &'Valére-Maxime, contre les ruses &les tromperies de cet habile Guerrier; ce qui est ridicule, & plus encore contre fa ma-niéré cruelle & violente de faire la guerre : reproche frivole & très-mal fondé, qu’ilferoit aisé de détruire, si je ne craignois de me rendre coupable de prolixité. Maisquand ce reproche feroit solide,est-ce que la mauvaise guerre étoit inconnue aux Ro-mains? Y étoient-ils moins grands Maîtres qu’Annibal? Avoient-ils oublié leur descen-te en Afrique du tems de la première Punique? Régulus fut-il plus humain,& fa fa-çon de faire la guerre fut-elle moins cruelle & moins violente? Dans quel excès netomba-t-il pas? II exerça, il y porta toutes les horreurs de la guerre,& désola le païsjufqu’aux portes de Carthage. Ne promena-t-il pas le fer & les incendies par tout où ilput pénétrer? Les Historiens Latins fe moquent de nous, de s’imagincr qu’une telleforte dc- guerre ne loit permise qu’aux Généraux de leur nation: car eux-mêmes,aussibien que les Grecs,nous apprennent que les Romains en ont usé tout de même dansplusieurs de leurs guerres. Ne fera -1 il pas permis aux Carthaginois de leur rendre lapareille? Ils le trouvent étrange: c’est encore id le reproche du Cyclope. Annibal fetrouva dans la nécessité d’en venir à ces voies extrêmes, & Régulus n’avoit aucuneraison qui l’obligeât d’en Taire autant.

Cette façon de faire la guerre ne íçauroit être blâmée, car ellen’est point contraireru droit des gens lorfqu’elle est nécessaire. II est triste d’y être conduit, je l’avouë.Tite-Live, comme tous les autres Historiens qui ont écrit des actions d’Annibal,par-ient indignement de ce grand Capitaine, & l’accuíènt d'une infinité de défauts & devices qu’il n’eut jamais. Justin est plus équitable dans le portrait qu’il nous fait de cegrand homme. -Si Tite-Live eût moins écouté fa passion que l’équité, il eût trouvédans Polybe,qu’il a copié & traduit fidèlement,l’éloge du grand Annibal, qu’il a euloin d’écartcr, pour le déshonorer par des calomnies indignes a’un Historien, qui nedoit dire que la vérité. En trouvera- 1 -.on beaucoup dans ce passage? Cet esprit,„ dit-il, s’abandonna à 1 avarice 6t à la cruauté,ravageant ce qu’il ne pouvoit garder„ pour le laiflèr en ruine à fes ennemis, conseil pernicieux &. dont le succès fit voir,, l’illusion : car non feulement ceux qui souffraient des choses fi indignes, mais mc-„ me tous les autres Te détachèrent de fes intérêts ; parce qu’en-effet Texemple enre-„ gardoit un bien plus grand nombre que le mal même.

Ce que l’Auteur Latin nous débite ici, est bien la chose du monde la plus imperti-nente. Je ne dirai pas fur quel pied il prend cette avarice ; mais le reproche est fauxcu ridicule,en quel sens qu’on le prenne. II est faux., s’il prend ce mot dans son senspropre & naturel. Annibal ne fut jamais-accusé de ce vice: il eût été le plus malheu-reux de tous les hommes,s’il n’cût été ou dû être le plus généreux. La situation oùii fe trouvoit,à la tête d’une armée composée de tant de différentes nations., le mettoitdans l’abfoluë nécessité de retenir fes troupes par les bienfaits, pour les exciter auxbelles actions: politique qui nous met en état de punir les mauvaises.

La libéralité nous fait révérer, elle augmente notre pouvoir & la confiance des sol-dats;