LIVRE IIT. C H A P. XVII. 201
dats, & cela fait que nous en sommes les maîtres, lorsqu’il est question de châtier lejcoupables. Une ame noble & grande cherche bien moins à amasser & à thésauriser,comme un misérable bourgeois, qu’à lâcher d’une niain ce qu’il à pris de l'autre , com-me Alexandre & César. On peut appliquer à ces deux ^grands hommes ce qu’a dit unancien Romain de Catilina, qu’il étoit avide du bien d’aurrui & prodigue du lien : Alic-ijï appetens ,jhiprofujus: tout au contraire de'certains Généraux anciens & modernestrès-avides du bien d’autrui, & très-avares de celui-ci comme du leur. C’est un mal-heur pour les Princes d’avoir de tels Généraux à la tête de leurs armées, car ils four-nilléru par leur avarice des reílburces infinies à leurs ennemis. Si Tite-Live entend par.cette avarice le pillage des villes'& de tout un pais, il ne pouvoit rien dire de plus ab-surde & de moins sensé,. Est-cequ’il étoit entré dans l’Italie pour faire la guerre auxdépens de fa République , plutôt qu’aux frais de son ennemi ? Un habile Général four-nit aux dépenses de la guerre par la guerre même', & le Carthaginois s’en aquitte fortbien: tout autre qui fait le contraire, s’en aquitte fort mal. Que ceci serve de bonneleçon aux François, s’il leur arrive jamais de rentrer dans lltalie. Tous les peuples &les Souverains de ce païs-là n’étoient pas moins nos ennemis en secret,qu’ils l’étoient.ouvernement d’Annibal. Nous pouvions les rançonner, & leur faire paier une bonne•partie des frais de la guerre mous les fîmes seuls. Politique qu’il faut moins garder avecles Italiens qu’avec toute autre nation. 11s nous méprisent dès qu’ils voient qu’on lesménage, ils s’imaginent qu’on les craint ; & quand ils voient qu’on les méprise, ilsfournifTènt libéralement : ils se plaignent, mais leur peu de résolution ou leur impuis-sance ne leur permet pas d’éclater. Qu’on se tienne- ceci pour dit,& que la politiquetoute contraire du Prince Eugène nous serve d’exemple pour l’avenir: car non seule-jment il retira de ces peuples tout l’or que nous y avions laissé, mais il prit encore leleurjufqu’à la dernière pistole. Ce Prince fit en cela le trait d’un grand Capitaine :au(fi•l’est-il plus qu’aucun de son tems.
Quant à la cruauté qu’on reproche à Annibal, car tout le monde fe mêle de l’enaccuser, & les Anciens ne font pas les seuls,ç’eut été un grand défaut en lui s’il n’eneùt pas fait paroître quelquefois. Celle contre les Romains, & les calamités qu’il leurfit éprouver, éroient bien moins un effet de fa haine contre Rome qu’une juste repré-saille. Est-ce que celle-ci n’en avoit aucune contre Carthage? Ce reproche est imper-tinent : s’il y a quelque chose à blâmer dans la conduite de ce Guerrier célébré après lagloire de Thrasyméne, c’est d’avoir récapitulé dans les mêmes excès de barbarie &decruauté dans son invasion du côté de la mer Adriatique. Notre Auteur ne l’épargne•pas. Ennemi implacable des R omains , dit-il, il avoit ordonné que Von égorgeât tout ceqtiil s'en rencontrerait en âge de porter les armes. Cette haine n’étoit pas fans fonde-ment, rendons-lui justice ; mais la représaille est un peu forte. Je n’ai garde d’y applau-dir , & de ne pas convenir que ce ne soit là une flétrissure à fa réputation, si l’on con-sidère les devoirs de l’honnêteté ; mais si l’on a égard au droit des gens purement &simplement, la représaille étoit juste. Ecoutons Grotius (#), & l’on verra que Tite-Live se contredit furieusement à l’égard des reproches qu’il fait à Annibal. II en faitailleurs un éloge magnifique fans toucher à ces défauts prétendus.
„ Cicéron dit qu’il n’est pas contre la nature de ravir le bien à un homme qu’il est„ permis de tuer, par conséquent il ne saut pas s’étonner si le droit des gens permet à„ un Etat de piller & de ruiner des ennemis publics, puifqu’il lui permet de les tuer,„ Polybe dit fur ce sujet,que l’on entend par les loix de la guerre qu’il est permis de,, piller & de ruiner les places, ou les forts des ennemis,leurs ports,leurs villes,leg
(a) Droit ds la guer. L III. c. 5-
Tune IV. C c