LIVRE III. CHAP. XVII. an
ie renversement des Etats les plus affermis & les plus floriílàns, la ruine & la subversiondes villes les plus célébrés & des meilleures maisons, mais encore ruiné la réputation dc-splus grands Capitaines qui s’y font livres au-delà des bornes raisonnables, & fini leursjours d’une maniéré honteuse & tout-à-fait déplorable. C’est un grand mal dans unhomme de guerre, mais dans un Général d armée c’est le plus grand de tous les mal-heurs: il ruine les affaires de son Maître, «Sc se couvre d’une honte éternelle. Devantles hommes on ne se déshonoré point par un engagement, ni par deux, ni par trois;maisd’ctre esclave toute sa vie, aujourd’hui de celle-ci, demain de celle-là, & le plussouvent pour des créatures qui font servies par mille autres, je ne vois rien de plus hon-teux que cela. Peu de Capitaines du premier ordre ont été accusés d’avoir donné danscet exccs, & ceux qui ont continué dans ce train de vie ont fauté du premier degré audernier. Certe passion fait une telle irruption fur le tempérament, qu’on a vû deshommes très-braves, très-courageux, & d’une hardiesse à tout entreprendre, enfin■des A drilles transformés en Therfires.
Qu’on se souvienne des amours folles & honteuses d’un des plus habiles & des plus dé-terminésCapitainesque Rome ait produits: on entend asièz que je veux parler de cel-les de M. Antoine pour íà Cléopâtre. LTlistoire ancienne & moderne, & Imagina-tion des faiseurs de romans, ne nous offrent rien de semblable, de plus fou& de plusindigne pour un Capitaine de cette force. Qu’on observe bien cc qu’il a été avant quede s’étre rangé sous les drapeaux de la plus grande coquette de l’andquité, & qui cnavoir en lassé bien d’autres dans ses filets, avant que celui-ci vînt s’y rendre. C’étoit ungrand Guerrier. A peine l’amour s’empare de son cœur, qu’on ne le reconnoît plus.11 cil changé en un tout autre homme, il íc flic une telle révolution en lui, qu’il ou-blie tous les devoirs d’un Général d’armée. Cet amour de la gloire, qui est la sourcedes belles actions, se change en un autre tout contraire, doit naissent les vices les plusdésordonnés-: c’est un vrai Sybarite, mol, efféminé, & semblable à une femme. Oncommença à s’en appc-rccvoir dans fr guerre contre les Parthes, & les Officiers de sonarmée jugèrent bientôt qu’il n’y avoir rien à espérer d’un Général si corrompu. Plu-carque Ça) nous le fait asièz entendre, transcrivons le paílàge.
„ On dit que ce grand appareil & cette grande puifiànce, qui cssr-aia les Indiens qui„ habitent au-delà des Bactres, & qui alarma tonte l’Aíîe, lui devint entièrement inu-„ tilc, à cause de Cléopâtre: car dans Impatience de la revoir, & d’allcr palier I’hi--, ver avec elle, il commença la guerre avant que la saison le permît, «Sc ne se servit„ des moiens'qu’il a volt en main qu’avec beaucoup de précipitation & de désordre,
-, étant tout transporté 6c hors de lui-même, Ck comme ensorcelé par des breuvages,
„ ou charmé par des enchantemens, tournant toujoursíes yeux vers l’objet aimé, «Sc„ plus empressé à l’aller bientôt rejoindre qu’appliqué à chercher les moiens de triom-„ phe-r de ses ennemis”. Ceci me fait souvenir d’un exemple d’ÍIenri IV. qúi ne futguéres insensible sur Particle des femmes. C’est le seul reproche qu’on puiflè faire à ceCapitaine célébré. Mais il s’en faut bien qu’il ait poussé aussi loin que le Romain. CePrince sot toujours très-grand Guerrier, « 5 c finit fa vie dans cette réputation. Cepen-dant ii laistà perdre presque tous les avantages de la bataille deCoutras en 1587. pourl’amour d’une Maîtresse. Citons Mc-zerai fur cet article.
„ La vaillance du Roi de Navarre se signala bien plus en cette journée, que ne fit„ fa conduite à en recueillir les avantages : car bien loin de tirer droit vers l’armée„ étrangère, comme le Prince de Coudé le vouloir, promettant si on lui donnoit des„ troupes de s’aller saisir du paílàge de Saumur: il 1 ailla séparer son armée victorieuse,
(-) D acier dans Plut. Antoine.
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