214 HISTOIRE DE P O L Y B E,
leur goût peur les spectacles font leurs plus sérieuses occupations. Ce font ordinaire-ment les petits Maîtres,gens efféminés'*& très-corrompus, qui infectent les Cours desPrinces, & plus dangereusement les armées, de cette belle morale. Ils cherchent âjustifier leurs vices par ceux de quelques paillards illustres, ce qui les rend encore plusméprisables: car ces grands hommes qui en ont?té accusés, étoient ornés dune infi-nité de belles qualités qui nefaifoient aucun équilibre avec leurs défauts & leurs vices,beaucoup moins grands, &qu’ilsfçavoicnt très-bien remettre aune autre occasion lorí-qu’ils pouvoient nuire aux affaires, où leurs vertus étoient nécessaires; ils y renonçoientfans nul effort & si absolument, qu’on écoit tout surpris de les voir tout autres: vigi-lans, laborieux, tempérans, supportant également les devoirs & les fonctions militairesavec autant de constance & d'exactitude que le moindre de leurs soldats, & cela fansaucun relâche. Leurs beaux côtés paroifïòient tout à découvert, pas une ombre deleurs vices. Montgommeri, si brillant par tant de belles actions en fa vie, étoit un■homme de cette trempe. Brantôme nous le donne fur le pied d’un débauché & d’uuvoluptueux. „ Mais quand il avoit !c cul fur la selle, dìt-ìl , c’étoitle plus soigneux„ & le plus vaillant Capitaine qn'on eût pû voir". Les petits Maîtres, abandonnésà toutes fortes de débauches, car il y cn a de tout âge, font-ils accusés d’être ainsi mé-langés., ou efpérent-ils qu’ils le feront pour mettre en œuvre les vertus dont ils man-quent absolument; Les exemples ne leur fervent de rien,& Papologie qu’ils font deleurs débauches ne sert qu’a les rendre incorrigibles, & h avancer la perce entière dcleur honneur: car si ces exemples rendoient les vices permis dans lc-s armées, en at-tendant qu’on produisit fur la scène lc-s vertus .& les talens qu'on -n a pas, il n'ynuroit plus de vices au monde.
Ces hommes, plongés dans les déréglemens les plus honteux, & qui espèrentde faire un jour comme tant d’autrc-s grands Capitaines, qui ont laiffé leurs passionsdéréglées à la Cour ou à la ville, pour ne faire usage que de leurs vertus à Tar-ir,ée , shmaginent que ce mélange de vices & de vertus sc trouve en eux c-ommedans les autres, & qu’ils feront tout comme ces grands hommes ont fait: qui le leura dit ? La plupart de ces jeunes voluptueux cn France., en Allemagne, & pres-que par touc., n'on t jamais vù la guerre. II y a fort peu de vieux Colonels à la têtedes corps de cavalerie & d'infantcrie. Cette jeunesse, dont une bonne partie estfort mal moriginéc , sons mille application & fans autre foin que celui de sesplaisirs, fc trouve h la tète de ces corps, qu’clîc nc voie qu orne fois Tannée. Celledes Puissances de TEurope' qui aura fait un meilleur choix, & exercé perpétuelle-ment fc-s troupes., encouragé les Officiers a tenir bon par des récompenses, & songéà enflammer Tcmularion par tout ce qui peut Tcntretenir, emportera la balance à Japremière guerre, & trouvera qu’elle aura beaucoup gagné en les répandant à propos.Elle ne doit pas craindre de'sc ruiner en récompensent la vertu militaire: h paix ne larend que trop rare, & c’est en dégoûter que de la priver des grâces dont elle est digne.Revenons à nos Capitaines mêlés de bon & de mauvais.
Croie-on qu’ils (oient en très-grand nombre? 11 y en a fi peu, qu’on feroit toutsurpris du catalogue de ceux qui ont tous leurs vices fans avoir une ombre de leursvertus. Princes & Généraux d’armées, los uns sc font vus détrônés avec honte, ouont péri misérablement. On n’a qu’n lire Histoire des Empereurs pour en avoir debonnes nouvelles, & celle de certains Généraux corrompus & abandonnés à toutes for-tes de vices ; des Héros à table & dans le lit, lâches & poltrons dans leurs armées s’illeur arrivoit d’y aller, timides même à cent lieues loin de Tennemi,dans leur Cour &dans leurs Conseils, oû 3s Rappellent ordinairement que les gens qui leur ressemblent.«Quelle liste TEgypte à l’Asie ne nous foumiroient-elles pas, à Rome elle -m 6 me !