216 HISTOIRE DE P O L Y B E,
„ .porter droit au visage: Miles faciemferi. II arriva comme ce grand homme l’avoic„ prévu, que ces jeunes gens idolâtres de leur beauté, fe tournèrent en fuite, de peur„ de s’exposcr à être défigurés par des blessures & des cicatrices.
Avec tout le respect dû à cet Ecrivain éloquent, il eût dû s’étendre davantage furce sujet. Je soupçonne fort qu’il y a de la malice dans l'on fait: car ne disant que cequ’il dit,on croira que le luxe , la corruption des mœurs, l’amour des plaisirs, de labonne chère,des femmes",& tous les penchans vers les voluptés les plus indignes desgens de guerre , font bien autrement menés loin chez les Modernes que chez les An-ciens. J’aurois honte de le dire. Je ne fçai ce que répondoit cette jeunesse efféminéeLUX reproches de leurs pères,qui ne valloicnt guéres mieux que leurs enfans: c’est dela morale perdue, lorsque celui qui la prêche est aussi déréglé dans fes mœurs & dansses passions que fes auditeurs. Avec ces belles qualités ces gens-ià alloient à la guerre,où ils ne se distinguoient que par leurs débauches & Fsppareil de leur équipage, áontils faifoient parade, & plus encore de leur table & de leur cuisine. Une bonne troupede ces gens-là dans une armée, qu’unc longue paix grossit infiniment, suffit pour lacorrompre en moins de te m s qu’il n’en fallut à Annibal pour amollir & perdre la sien-ne.: car les vices d’un Prince, & ceux de vingt ou trente de ses Courtisans, qui parressemblance dans leurs mœurs ou par imitation vivent comme leur Maître, font infi-niment plus de mal dans une armée que mille Officiers petits Maîtres, & très-corrom-pus. 11 ne sc trouve aucun Prince dans l’Europe qui puisse être accusé de quelqu’unde s vices dont je parle, & ie plus jeune de tous a toutes les vertus qui servent de fon-dement pour former fans peine un grand Capitaine & un Guerrier parfait. Voilà lafeule digue qui nous peut faire espérer que !a paix ne nous fera pas un grand mal : carchacun tachera de ressembler à ce jeune Monarque dans les armées. Les vices quinaissent d’une longue paix, ne peuvent se corriger que par les vertus du Prince.
Les Grecs s’abandonnérent à la paresse & aux délices comme les Romains, mais nonpas si énormément. Les Athéniens & leurs plus grands Capitaines n’ont pas étécxemtsde ce reproche; mais dès qu’il s entrèrent dans les affaires, il n’en fut plus parlé, oudu moins ils méloicnt tour à tour la débauche,la passion pour les femmes, & les cor-vées militaires selon l’état des affaires. Tel fut Alcibiade. Périclés peut entrer encoredans le catalogue. Afpasie, fameuse Courtisanne d'Athènes, reniasse si bien de ceschaînes, qu’il n’eut jamais la force de les briser & de fe tirer de l’esclavage.
Lorsque l’amour s’attache aux grands Guerriers, & qu’il se met tard en campagne,le mal ne scauroit ctre plus grand ni plus fort. Le Maréchal Panier,un des plus grandsCapitaines de son siécle, & éléve du grand Gustave,éprouva deux fois cette passion;la première ne lui fit pas grand mal, il épousa sa Maîtresse au plus vite; de forte qu’onn’eut pas le tems de voir dans son armée juíqu’où cette passion ponvoit le mener. Safemme mourut. Une Princesse de Bade qu’il vit par hazard lui causa une violente re-chûte,il fut épris de fes charmes & en devint éperdûement amoureux: il tomba dansdes foibleíses íi grandes, qu’on ne scauroit rien imaginer de plus fou. II fut mené en sibon train, qu’il saillit à perdre l’esprit. Ce ne fut plus le même homme. On l’auroit prispour un soldat de recrue, plutôt que pour un Général guerrier. Sa raison parut chan-celante : il négligea tellement le foin des affaires de la guerre, que les Officiers & lessoldats perdirent beaucoup de l’estime qu’ils avoient pour lui. II commit urie infinitéde fautes. Ses ennemis eurent une infinité d’avantages fur le Général amoureux. IIlaissa prendre plusieurs marches fur lui,ce qui fut la cause de la perte d’Hoker, placeimportante, & expose par tant de folies les Etats de la Maison de Brunswick au dangerd’une entière désolation. Si heureusement pour lui il n’eût appliqué le remède à u:j sigrand mal, la tête lui tournoie infailliblement. Tant il est vrai ce qu’on dit,que lorf-
qiùm.s