LIVRE Ils. CHAP. XXVII. 2r jr
qu'une telle passion possède les grandes âmes, elle ne leur inspire que de plus grandesfoibleíses.
Thémistocle, I’un des plus grands Capitaines deTantiquité, pousse si loin la dé-bauche, „ qu’il fut déshérité par son père, & que fa mère vaincue par la douleur de„ voir la vie honteuse de son fils fe fit mourir volontairement Plutarque, d’où jetire ceci, prétend que cela eil faux. Je n’hé site pas un moment à le croire vrai, carce qu’il fit étoit afíèz capable de percer le cœur d’une mère de la plus vive douleur. M.Dacier cite ce fait dans fes Remarques. ,, Thémistocle, dit-ìl, étoit tellement porté„ h ce qu’il y avoit de plus mauvais, qu’Idoménée a écrit qu’un beau matin il attellaà un char quatre Courtifannes nues, & se fit traîner tout au travers du Céramiqueau milieu du peuple qui étoit assemblé, & cela dans un tems où les Athéniens ne„ connoissoient encore ni la débauche du vin ni celle des Courtifannes. Mais Page,„ Inexpérience, comme autant de façons,- vinrent aider & favoriser la raison & la vertu ;c’est-à-dire qu’il se corrigea. L’ambirion & la gloire sont capables de produire des ré-volutions surprenantes dans les grands hommes. Ils ne plient pas dans leurs passions,-ils ne quittent pas leurs liens pour les reprendre à la première occasion, ils les rompent& les brisent: il vaut mieux rompre le charme que de l’endormir, il s’éveille souventavec plus de force & de puiísence. Mahomet II. un des plus universels génies de sontems, & (ans doute un grand Capitaine, un vrai Conquérant, se trouva pris dans les■filets d’une belle captive. Nous allons-voir comment il s’en tira. L’exemple est beau-& digne de la plume de l’Àbbé de Vertot, d’où je remprunte. Je le trouve dans sor»narré de la prise de Constantinople ,qui fut emportée d’aíseuten 1553, pillée & sacca-gée, & tous les habitans passes au fil de l’épée, ou faits esclaves.
„ C’est ainsi, dit cet .Auteur (a) poli , qu’une Gréque d’une naissimee illustre,,, appellée Irène, à peine âgée de dix-í'ept ans, tomba entre ses mains. Un Bacha ve-,, noir de la faire esclave; mais surpris de fa rare beauté, il la crut digne d’être présen-„ tée au Sultan. L’Orient n'avoit rien vu naître de si parfait, ses charmes se firent„ sentir impérieusement furie cœur farouche de Mahomet: il fallut se rendre. II s’a-„ bandonna même entièrement à cette nouvelle passion ; & pour être moins détourné„ de fes assiduités amoureuses, il passe plusieurs jourssans le laisser voira ses Ministres„ & aux Officiers principaux de son armée. Irène le suivit à Andrinople : il y fixa„ le séjour de la jeune Gréque. Pour lui, de quelque côté que les armes tournassent„ ses pas, souvent même au milieu des plus importantes expéditions, ii en laisioit la,, conduite à ses Généraux, & revenoit avec empressement auprès d’Iréne. On ne fut„ pas long-tems fans découvrir que la guerre n’étoitplus fa première passion : les soldats„ accoutumés au butin qu’ils faifoient à fa fuite, murmurèrent de ce changement. Ces
murmures devinrent contagieux : l’Officier comme les soldats se plaignoient de cette,, vie efféminée. Cependant se colère étoit si formidable, que personne n’osoic fe„ charger de lui en parler. Enfin comme le mécontentement de la milice étoit à la„ veille d’éclater, le Bacha Mustapha ne considérant que la fidélité qu’il devoir à son„ Maître, l’avertit le premier des discours que les Janissaires tenoier, t publiquement au„ préjudice de fa gloire.
„ Ee Sultan, après être demeuré quelque tems dans un sombre silence ,& comme„ s’il eût examiné en luí-même quel parti il devoir prendre ; pour toute réponse, &„ sous prétexte d’une revue, ordonna à Mustapha de faire assembler le lendemain les„ Bachas aux environs de la ville. II passa ensuite dans l’appartement d’Iréne,avec k-„ quelle il resta jusqu’au lendemain.
(s) L'Abbé dc Vtrtot, Hift. -de l'Ordre de Malt h e , liv. VI-
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