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Tome quatrieme.
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II I S T O I R E D E P O L Y B E,

„ Jamais cette jeune princesse ne lui parue fi charmante: jamais ausl] !e Prince ne„ lui avoir fait de >1 tendres carefiês. Pour donner un nouvel' éclat à fa beauté, si cela„ étoit possible, il exhorta fes femmes à emploier toute leur adresse & tous leurs foins„ a la parure. Après qu’elle fut en état de paroître en public, il la prit par la main,„ la conduisit au milieu de Pailèmblée, & arrachant le voile qui lui couvroit le visage,„ il demanda fièrementaux Bachas quiPcntouroient,s’ilsavoientjamaisvûune beauté„ íl accomplie. Tous ces Officiers, en bons Courtisans, fe répandirent en des louan-„ ges excessives, & le félicitèrent de son bonheur. Pour lors Mahomet prenant d’une„ main les cheveux de la jeune Gréque, & de l’autre tirant son cimeterre, d’un seul„ coup en fit tomber la tête à ses pieds, & fe tournant vers les Grands de la Porte,„ avec des yeux égarés & pleins de fureur Ce fer , leur dit-il, quand je veux ,sçait couper les liens de Vamour. II les coupa fe défiant de son cœur ,& par cette actionvraiment barbare & d’un brutal destitué de culture & d’honneur, il fit voir qu’il fesentoit capable de prendre & de laisser les passions selon les besoins, comme tant degrands hommes qui ne Pont pas imité.

Phillippe, dont j’ai déja parlé, me revient encore. Jamais Prince ne fut plus mêléde bon & de mauvais que celui-l'a, &ne fçut mieux laisser Pun pour prendre l’autre se-lon le tems & les conjonctures. Ce que ditThéopornpe dans Athenée est surprenant.Tourreil me fournit ce passage dans fes Remarques sor la première Olyntienne. „ Phi-„ lippe, dit-il, n’avoit que dumépris pour la modestie & les bonnes mœurs. Toute„ son estime & toute fa libéralité fe réfervoient pour des hommes plongés dans la tra-„ pule, & prostitués aux derniers excès d’une vie licentieuse. íl ai moi t que fes cama-„ rades de plaisirs excellassent dans Part de Pinjustice & de la malignité, comme dans la„ science de la débauche. Eh! quelle forte d’infamie, quel genre de crime ne com-„ mettoient-ils point? Quelques-uns parvenus à Page viril, s’étudióient à fe donner„ tout Pextérieur du sexe dont ils n’étoient pas, prenoient grand foin que jamais leur,, menton ne les décelât: d’autres alloient jusqu’à oublier le leur dans ieur commerce„ monstrueux. Deux ou trois prenoient le soin de plaire au Roi d’une maniéré plus„ propre à mériter le nom de maîtreílè, que de fes amis.

Je ne fçai si c’étoit la mode en ce tems-là de fe farder : je le croirois afièz par cepafîàgede Théopompe, qui semble l’insinuer. Elle étoit du moins connue en Asie dutems de Crassus. Surenna, qui triompha de ce Général d’une maniéré burlesque, &si honteuse au nom Romain, étoit un grand Capitaine : cependant Plutarque nous ap-prend qu’il fe fardoit, & qu’il fe faisoit accompagner d’un ferrai 1 de concubines, &d’un plus grand nombre de filles perdues qui le suivirent dans son triomphe. Lafarderiedans les gens de guerre, est tout ce qu’on peut imaginer de plus infâme. J'en ai pour-tant vû qui fe fardoient, & qui ne fe couchoient jamais qu’ils n’eusiènt le visage cou-vert de rouelles de veau, pour fe conserver le teint frais. Je ne dirai pas fi en imitantSurenna, ils lui ressembloient du côté du courage: personne ne m’enapû donner desnouvelles; mais cela n’a pas empêché qu’ils n’aient continué leur chemin. J’auroishonte d’en dire tout ce que j’en fçai, & de la magnificence de leur toilette. J’ai vûpis que cela, des mandians fe farder les pieds & les jambes, y mettre du blanc & durouge. Après cela peut-on trouver à redire à certains petits Maîtres guerriers &très-efféminés, anciens & modernes, toujours biens munis de -maìtreíles, & toujoursamoureux?

M. deTurenne ne pouvoit souffrir ces fortes de gens dans son armée: s’il en avoirconnu quelqu’un de cette trempe dans son régiment, il Peut renvoie pour jamais lan-guir & soupirer aux pieds de fa maîtresse. L'Auteur qui a écrit la Vie de ce grandhomme, ne l’a pas fait avec toute la dignité qu'elìe mérite. Je ne fçai s’il s’en trouvera